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Gambozinos J-120

João Nicolau

  • 2013 , 20 minutes
  • Fiction
  • Production : Les Films du Bélier
  • Interprétation :
    • Ana Sofia Ribeiro
    • Isabel Portugal
    • Paulo Duartre Ribeiro
    • Pedro Leitao
    • Tomás Franco
  • Courts d'aujourd'hui
  • Autour des sorties

// Synopsis

Le petit Rui se débat avec les amertumes de la vie dans une colonie de vacances. Ce n'est pas simple de faire partie du groupe des plus jeunes, d'être ignoré par la prunelle de ses yeux et de voir son dortoir vandalisé par des voyous d’adolescents.

// Biographie

João Nicolau

Né en 1975 à Lisbonne, João Nicolau étudie l'anthropologie et débute en tant que monteur sur des films de João César Monteiro ou de Miguel Gomes, avant de réaliser ses propres courts métrages.

En 2006, il présente ainsi Rapace à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, qui remporte également le prix du meilleur court métrage de fiction au Festival de Vila do Conde. Chanson d’amour et de bonne santé (Canção de amor e saúde) est à nouveau sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2009, comme le sera également son troisième court métrage Gambozinos en 2013.

João Nicolau signait, en 2010, son premier long métrage L’épée et la rose (A espada e a rosa), présenté cette même année à la Mostra de Venise. Cinq ans plus tard, il se penchait sur les amours adolescentes avec son film John From, sélectionné en 2015 au Festival Entrevues de Belfort.

Son troisième long métrage, Technoboss, mention spéciale du jury jeune au Festival de Locarno 2019, sortira dans les salles françaises au printemps 2020 finalement.


// La critique

Il aura suffi d’un Apichatpong Weerasethakul pour que l’irruption d’une créature imaginaire au sein d’un univers à dominante réaliste n’apparaisse plus comme incongrue.

L’espèce de primate de Gambozinos, né la nuit au cœur d’une forêt profonde sous le regard d’un jeune garçon, avant qu’ils ne s’éloignent se tenant par la main, fait surgir plus ou moins distinctement de nos mémoires – en nous révélant à quel point ils sont demeurés prégnants – des souvenirs qui entremêlent le yéti qui protège Tchang dans Tintin au Tibet, un homme-arbre, toutes les peluches de nos enfances jusqu’à Chewbacca, le wookiee de La guerre des étoiles.

En imposant d’emblée cette créature, qui pourrait aussi bien être née de l’imagination de l’enfant, comme une présence tangible aux apparitions bienveillantes et décisives pour sortir celui-ci des mauvais pas, la mise en scène de João Nicolau nous dispense de nous poser de question sur sa réalité. Nous l’admettons avec le reste, les bougies qui se rallument à son passage, la présence d’une tarentule dans un coin de jardin dans la colonie de vacances, l’amour que le garçon porte à une jolie blonde à lunettes ou le culte voué au Marsupilami.

L’étrangeté émane plus de la conduite du récit, de l’autonomie des séquences, ponctuées à plusieurs reprises de fondus au noir, de la fixité de la majorité des plans et de la contemplation qu’ils induisent. Cette sorte d’inertie, qui renvoie à celle de la torpeur estivale, esquive une continuité classique qui aurait privilégié les liens de cause à effet. Plus suggérée qu’articulée, la fiction se livre avec des pistes inachevées, des trous, laissant ainsi à chaque moment sa plénitude, sa saveur particulière, son mystère parfois.

Aussi n’est-il pas facile de mettre des mots sur ce qui fait le charme de Gambozinos. Cela passe par la grâce de certains plans, le comique de certaines situations, mais tient surtout à l’art de restituer avec tendresse ce mélange, parfois risible, de maladresse et d’absolu, qui régit les amours enfantines.

Jacques Kermabon

Article paru dans Bref n° 108, 2013.

Réalisation et Scénario : João Nicolau. Image : Mário Castanheira. Montage : Telmo Churro and João Nicolau.
Son : Vasco Pimentel et Miguel Martins. Interprétation : Tomás Franco, Pedro Leitao, Isabel Portugal, Ana Sofia Ribeiro
et Paulo Duartre Ribeiro. Production : Les Films du Bélier.