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À perdre haleine J-94

Léa Krawczyk

  • 2016 , 4 minutes
  • Animation
  • Production : La Poudrière
  • Animation
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

Émile, jeune violoncelliste, est submergé par l'angoisse le jour d'un concert...

// Biographie

Léa Krawczyk

Après un bac scientifique et un diplôme d’État d’architecte, Léa Krawczyk, née en 1990, étudie l’animation en classe préparatoire à l’Atelier de Sèvres puis à l’école de la Poudrière. Entre ces deux années de formation, elle réalise un stage de layout décors sur le tournage du court métrage Pépé le morse de Lucrèce Andreae.

Durant son cursus à la Poudrière, elle réalise plusieurs animations dont Krach (court métrage d’une minute), Lulu et Odilon et son film de fin d’études, À perdre haleine (2016), qui explore de manière onirique les névroses d’un jeune violoncelliste. Ce dernier est notamment présenté dans le cadre de la Cinéfondation du Festival de Cannes en 2017.

La même année, elle signe une adaptation du poème L’amoureuse de Paul Éluard, destinée au jeune public, dans le cadre de la collection “En sortant de l’école” produite par Tant mieux Prod et diffusée par France Télévisions.

Léa Krawczyk participe également, l’année suivante, au montage et au compositing de cinq épisodes de la web série Le parfum d’Irak diffusée par Arte ; puis elle réalise une commande, toujours pour la chaîne franco-allemande : un résumé en animation du long métrage Les diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, proposé en 2020 dans le cadre de l’émission Court-circuit.


// La critique

Rares sont les films à tenter une plongée si profonde dans l’intériorité humaine que le court métrage À perdre haleine, réalisé par Léa Krawczyk. Dépeignant la trajectoire isolée d’un violoncelliste de profession, ce film d’animation emploie les tons de couleur bleue pour révéler les affres d’une âme perturbée. La tension dramatique s’y renforce à mesure que se déploie une situation banale : à l’approche d’un concert (son premier ?), un musicien se bat contre lui-même pour calmer ses angoisses. Mais, dès le début du film, rien n’indique que la pression redescendra ; au contraire, plus le film avance, plus les choses se tendent, mettant le spectateur dans l’attente de savoir si l’intégration à l’orchestre s’établira finalement et si la musique pourra enfin jaillir. La réalisatrice propose un film en forme de parenthèse, commençant par une fin de nuit et se terminant par un possible début de concert. Un entre-deux où une terreur cauchemardesque s’empare littéralement du personnage, lequel processus est rendu dans un style radical (obscurité des fonds, traits fins, jeu entre les lignes droites de l’espace et les lignes courbes des corps), excluant toute figuration simpliste ou réaliste. L’animation, au contraire, y joue une fonction d’indice, excluant la référence au réel pour tenter de saisir par le mouvement des formes une chose a priori non représentable : l’inquiétude.

Film de fin d’études réalisé à l’école de la Poudrière à Valence, ce joyau d’animation donne une nouvelle preuve de l’exceptionnelle maîtrise plastique de la jeune réalisatrice. Après L’amoureuse (adaptation sublime du poème d’Éluard), À perdre haleine poursuit la modalité qui consiste à dissoudre la dimension factuelle dans la dimension onirique. Le lyrisme rejoint ici le crépusculaire, des éclats orange et vert venant parfois casser la noirceur générale. Mobilisant des métaphores simples (par exemple, un nœud-papillon comme signe d’un étranglement et d’un engloutissement), il accorde surtout un rôle fascinant au motif des yeux, les globes oculaires représentant la paranoïa née de la crainte du jugement. Son fond sonore, composé de bourdonnements et de râles, permet de rendre compte de la distanciation moins sociale qu’existentielle ressentie par l’être désorienté. Léa Krawczyk livre la vision singulière d’un monde peuplé d’ombres ; un fond, un tréfonds, un univers de secrets indicibles, au sein duquel un corps sans nom, dont il ne reste que les contours arrondis et poreux, rôde parmi des présences souvent antipathiques. Autant de caractéristiques qui placent le film dans la lignée d’un cinéma d’animation vu comme un laboratoire des peurs les plus archaïques et dont le Polonais Piotr Dumała est l’un des inspirateurs.

Mathieu Lericq

Réalisation : Léa Krawczyk. Animation : Rémy Schaepman et Léa Krawczyk. Montage : Sylvie Perrin.
Son et musique originale : Pierre Oberkampf. Production : La Poudrière.

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