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T'étais où quand Michael Jackson est mort ? J-98

Jean-Baptiste Pouilloux

  • 2013 , 12 minutes
  • Fiction
  • Production : Les Films Velvet
  • Interprétation :
    • Denis Ménochet
    • Élodie Navarre
  • Comédies
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

Une nuit, à Paris, quelques jours après la mort de Michael Jackson, un homme et une femme qui ne se connaissent pas prennent le même taxi.

// Biographie

Jean-Baptiste Pouilloux

Né en 1970, Jean-Baptiste Pouilloux débute sa carrière en tant que stagiaire régie sur le film Fanfan la tulipe de Gérard Krawczyk en 2003. Il devient rapidement assistant à la réalisation et travaille avec de nombreux cinéastes, tels Jacques Audiard sur Dheepan (Palme d’or 2015) et Les frères Sisters (César de la meilleure réalisation 2019), Hugo Gélin (Comme des frères, 2012) ou encore Pierre Salvadori (En liberté !, 2018).

C’est avec Rebecca Zlotowski qu’il entame sa plus longue collaboration, l’assistant sur les tournages de Belle épine en 2010, Grand central (sélectionné à Cannes en 2013), Planétarium et, plus récemment, Une fille facile, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2019. À l’occasion du deuxième long métrage de la réalisatrice, Jean-Baptiste Pouilloux rencontre Denis Ménochet, auquel il confie le rôle principal – aux côtés d’Élodie Navarre – de son premier court métrage : T’étais où quand Michael Jackson est mort ? Cette comédie pétillante obtient le Prix SACD de la meilleure première œuvre de fiction au Festival de Clermont-Ferrand en 2014.


// La critique

Drôle de titre pour une drôle de soirée. A priori, il n’a rien à voir avec le synopsis, et a posteriori non plus, c’est plus une phrase comme une autre pour entamer une conversation, pour commencer à créer du lien avec quelqu’un. La rencontre impromptue, voilà ce dont traite ce court métrage de Jean-Baptiste Pouilloux qui a, en termes de gamers, “speed-runé” une histoire amoureuse.

En un film, il retrace toute une relation, sans s’encombrer des détails de l’aventure, sans explorer les alentours. D’abord la rencontre bien sûr, houleuse. Une jeune fille pense être suivie, le cadre est en mouvement, le rythme assez rapide, jusqu’à atteindre une véritable instabilité lorsque les deux personnages se disputent un taxi. La tension a beau être électrique, elle existe bien entre eux. Le cadre reste d’ailleurs fixe lorsqu’ils décident de marcher côte à côte, le début de l’harmonie ? Ils prennent un taxi ensemble, les plans rapprochés mettent en valeur les regards, les sourires. On se séduit, on veut se revoir. Commence alors le récit d’une aventure qui pourrait exister, même si ce serait adultérin. Les personnages anticipent à tour de rôle la suite de leur relation. Très vite, ils ne sont pas d’accord sur la façon dont elle se déroulerait. Dispute. La fiction prend même le pas sur leur réalité, comme l’indique le temps des verbes des répliques : “Tu l’aurais jamais quittée, ta femme !”, “Moi aussi je vais penser à toi toutes les nuits, moi aussi tu vas venir me hanter pendant longtemps.”, “Je la regrette déjà cette soirée.” Ils ont déjà vécu cette histoire, ils sont déjà déçus de leur comportement, de la tristesse qui finira par tomber de tout côté. Face à cette fatalité, le jeune homme sort du taxi. Rupture. Game over.

Mais qui dit rencontre impromptue dans la nuit, dit également risque d’importuner. On entre alors dans une autre dimension du film. Dès le premier plan, il y a assez peu de sons, mais on entend distinctement un garçon siffler par-dessus la cadence des talons d’une passante, jouée par Élodie Navarre. Elle marche seule, perdue dans un cadre trop grand pour elle.  Le bruit de ses pas ressort, de telle sorte que nous avons presque l’impression qu’elle dérange la nuit. Cette idée toute simple traduit très bien le sentiment de faire trop de bruit, d’attirer l’attention, qu’ont parfois les femmes de tout âge lorsqu’elles sont seules la nuit. Réaction immédiate : accélérer, et le travelling de la caméra suit. Les premières minutes ne mettent pas en danger le personnage mais font ressentir le risque. Sentiment de plus en plus prégnant alors qu’entre en jeu un champ contre champ entre un homme (Denis Ménochet) et la femme, mais de dos.
La dérive de l’utilisation de cette figure crée un malaise, un effet de voyeurisme. Le spectateur se retrouve dans la peau de la suivie, quand soudain, le cadre se resserre, on est en plan américain, tout se fige, première rupture. La jeune fille affronte son poursuiveur qui s’avère être – à l’en croire – un simple jeune homme qui rentre chez lui dans la même direction. Le réalisateur accuserait-il la gente féminine de paranoïa ? C’est sans doute plus compliqué que cela. En effet, un peu plus tard dans le film, Élodie Navarre se retrouve dans une épicerie et se fait accoster par deux garçons insistants, qui ne la laisseront qu’après de nombreuses protestations de leur victime et l’intervention de Denis Ménochet.

Jusqu’au dernier moment, alors que le film tire sur la fin et la soirée aussi, le chauffeur de taxi tente sa chance auprès de sa cliente. Loin d’excuser la drague lourde, Jean-Baptiste Pouilloux est plus subtil. Son film semble dire que même si tous les hommes – et heureusement… – ne sont pas mal intentionnés, la peur ressentie par les femmes est justifiée et leur quotidien pollué par des apostrophes inopportunes. En effet, ce chauffeur de taxi n’a pas l’air non plus menaçant, mais en une soirée, il est le troisième à l’importuner. Normal pour une femme d’être fatiguée, normal de stresser dès qu’un homme marche derrière elle…

Anne-Capucine Blot

Réalisation et scénario : Jean-Baptiste Pouilloux. Image : Georges Lechaptois. 
Montage : Guerric Catala. Son : Juan Aguirre, Laurent Cercleux et Benjamin Rosier.
Musique originale : Baptiste Trotignon. Interprétation : Denis Ménochet et Élodie Navarre.
Production : Les Films Velvet.

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