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Coming-out J-87

Olivier Ayache-Vidal

  • 2003 , 9 minutes
  • Fiction
  • Production : Entropie films
  • Interprétation :
    • Blanche Leisberg
    • Omar Sy
    • Stéphanie Lagarde
  • Autour des sorties
  • Comédies

// Synopsis

Faire son coming out n'est jamais sans conséquence.

// Biographie

Olivier Ayache-Vidal

Olivier Ayache-Vidal est né à Paris en 1969. Après des études en sciences sociales et en communication, il a travaillé dans une agence de publicité, puis est devenu reporter photo en 1992. Il est alors parti en mission pour l’Unesco et a voyagé à travers le monde pour l’agence Gamma.

En 1997, il écrit un scénario de bande dessinée, Fox One – Armaggedon, puis réalise en 2002 son premier court métrage, Undercover, une performance de sept minutes mélangeant cinéma et spectacle vivant.

Deux ans plus tard, Coming-out, comédie interprétée notamment par Omar Sy, le révèle en déclenchant les rires de très nombreux publics de festivals (Clermont-Ferrand, Brest, Bruxelles, Namur, São Paulo, etc.).

Olivier Ayache-Vidal enchaîne avec Mon dernier rôle, une comédie noire avec Patrick Chesnais, conçue dans le cadre de la “Collection” annuelle de Canal+ en 2006. Le film est sélectionné à son tour dans plus de cinquante festivals et décroche plusieurs récompenses, dont le Grand prix au Festival du court métrage d’humour de Meudon et celui du Festival “Juste pour rire” de Montréal. À nouveau pour les programmes “Courts & création” de Canal+, Welcome to China est tourné à Shanghai en 2012 et met en scène Gad Elmaleh et Arié Elmaleh dans leur propre rôle.

L’heure est alors venue pour le réalisateur de se tourner vers son premier long métrage, axé autour de l’histoire d’un professeur d’un prestigieux lycée parisien muté dans un établissement difficile de Seine-Saint-Denis. Les grands esprits, avec Denis Podalydès dans le rôle principal, sort en salles en France le 13 septembre 2017. Il est par la suite distribué dans de nombreux pays à l’étranger.


// La critique

Dès la première séquence de ce court métrage de huit minutes et quelques, on sent que quelque chose cloche… Une musique jazzy sensuelle souligne un gros plan ras de sol sur des chaussures qui descendent d’une voiture. Atmosphère sexy, la nuit est tombée, nous attendons le rendez-vous amoureux. Le plan suivant met fin à ce fantasme… Plan moyen : les barreaux d’une grille au premier plan et Omar Sy, en sweat, qui s’avance vers la caméra, jusqu’à ce que son visage envahisse le cadre et soit par conséquent légèrement déformé. Il sonne, surprise de l’autre côté de l’interphone : on ne l’attendait pas avant 20h. Plan sur la montre du jeune homme : il est 19h55… Premier gag, premier décalage entre les deux personnages principaux. Cette entrée en matière dure jusqu’à l’entrée du personnage d’Omar Sy dans l’appartement de Cathy, jouée par Stéphanie Lagarde. Portes qui claquent et se verrouillent, “buzz” des portes du hall qui rappelle celui des cellules de prison, apparition du titre sous forme de barres : tout cela s’ajoute aux barreaux devant la tête du personnage de la première séquence pour indiquer le piège qui se referme. Ce n’est pas un rendez-vous amoureux auquel nous aurons affaire, mais un guet-apens.

En effet, on sent immédiatement une gêne totale de la part du personnage masculin, qui n’a de toute évidence rien à faire là. Tout est rangé, ordonné, et lui est grand et touche aux objets, qui seront méticuleusement replacés par Cathy ensuite. Cette dernière, elle, déploie toute son exubérance, parle beaucoup, avec les mains, et se colle à celui qu’elle a choisi de présenter à ses parents, quand bien même ils ne se connaissent que depuis exactement une semaine. “Anniversaire” qu’elle tient à célébrer en offrant un briquet qui émet de la musique à son compagnon… qui a arrêté de fumer. Plus ça va, plus le malaise grandit, on sent bien que le garçon veut se sortir de là, qu’il a quelque chose sur le cœur. Il lâche alors la bombe : “Je suis noir.” Simple phrase qui déclenche des hauts de cœur chez la jeune femme, visiblement abasourdie. La dispute qui s’en suit ne fait qu’accentuer l’absurdité de la situation. D’autant plus que tout dans la mise en scène est banale, pas de “débullage”, ni de déformation ou de rythme qui s’accélère. Seuls les acteurs en font trop, comme pour souligner l’ironie du film.

Le réalisateur crée ainsi un équilibre difficile entre le malaise qui persiste devant l’outrance raciste et l’humour qui transpire du texte. Une dernière scène, qui montre Omar Sy retourner à sa voiture et à… sa copine officielle, entérine cet univers parallèle où cela ne se voit pas que les Noirs sont noirs, mais où cela est pourtant une tare. Il fallait oser entreprendre ce pas de côté pour aborder la question du racisme – et en rire !

Anne-Capucine Blot

Réalisation et scénario : Olivier Ayache-Vidal. Image : Arnaud Potier. Montage : Julie Blasenhauer. 
Son : Cécile Foucher, Jean-Luc Cesco et Grégoire Couzinier. Interprétation : Omar Sy,
Stéphanie Lagarde et Blanche Veisberg. Production : Entropie films.