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Cuando sea grande J-154

Jayro Bustamante

  • 2011 , 14 minutes
  • Fiction
  • Production : La Casa de produccion, Takami productions
  • Interprétation :
    • Angelica Sosa
    • Fabiola Cumes
    • Marta Buch
    • Melanie Recinos
    • Victoria Saez
  • Courts d'aujourd'hui
  • Musique originale
  • Recommandés par Télérama
  • Autour des sorties

// Synopsis

Au Guatemala, Cécilia et Alicia partagent leurs jeux, leurs poupées, leurs confidences. Un jour, Cécilia découvre qu’Alicia est payée pour lui tenir compagnie. Elle va partir à la ville où elle sera mieux payée. Les repères de Cécilia basculent.

// Biographie

Jayro Bustamante

Né en 1977 au Guatemala, Jayro Bustamante étudie la communication et la publicité à l’Université de San Carlos à Guatemala City, puis réalise des spots publicitaires pour l’agence Ogilvy & Mather. Il se forme ensuite à la réalisation au Conservatoire libre du cinéma français à Paris, avant de poursuivre sa formation au Centre expérimental cinématographique de Rome.

Entre 2006 et 2011, il signe deux courts métrages : Tout est question de fringues, une animation réalisée en 2006 et Cuando sea grande (2011), une fable sociale sur les inégalités, sélectionnée en compétition internationale au Festival de Clermont-Ferrand en 2012.

Le réalisateur participe également à des ateliers sur la technique d’animation du stop-motion à l’université de la Sorbonne, et réalise dans le même temps son premier long métrage, Ixcanul, récompensé du Prix Alfred Bauer à la Berlinale 2015.

Depuis, Jayro Bustamante a réalisé deux longs métrages : Tremblements en 2017 pour une sortie en France en 2019 et La llorona, distribué en janvier 2020.


// La critique

Dans le cadre enchanteur du lac Atitlàn, au Guatemala, deux fillettes explorent, chacune à sa manière, les rives d’une amitié faussée par la réalité sociale et culturelle locale. Cécilia grandit dans une famille aisée, à l’abri d’une maison moderne et confortable. Elle va à l’école et bénéficie même de cours particuliers de français. Alicia est élevée de façon traditionnelle et dans le dénuement, au sein de sa communauté indigène, par sa mère qui est également la bonne de la famille de Cécilia.

La relation des deux petites filles est basée sur le mensonge et le secret : la mère de Cécilia paye également Alicia pour être amie avec sa fille, seule à ne rien savoir de cet arrangement. À l’ombre des volcans actifs San Pedro, Toliman et Atitlàn qui bordent le lac du même nom, se joue un drame minime et intime, mais dont l’éruption éclabousse toute la société guatémaltèque.

Sans forcer le trait, Jayro Bustamante, originaire d’une communauté Maya de Panajatchel, expose, entre classicisme et hyper-réalisme, une situation qu’il connaît pour avoir rencontré deux fillettes ayant vécu ce genre de stratagème. La petite fille riche de l’histoire, qui domine sa camarade par son éducation et son savoir, s’avère être aussi la victime de cette hiérarchisation des classes, et des codes et usages qui en découlent. Alicia, de son côté, surmonte son handicap social par une volonté farouche et une foi dans l’avenir. “Je veux être vétérinaire pour animaux” est sa réponse au sempiternel et inquisiteur “Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande ?” de son amie. Ses connaissances théoriques approximatives et l’utopie apparente de ses projets, recadrés de façon suffisante par Cécilia, sont compensées par son apprentissage pratique d’une réalité cruelle. De ce point de vue, Cuando sea grande mêle à merveille le charme et la cruauté d’un conte enfantin.

Le réalisateur guatémaltèque n’est pas un opportuniste du cinéma engagé et arpente au contraire, film après film, les problématiques sociales, entachées de tabous profonds, de son pays : indigénéité, homosexualité, droits des femmes et communisme, entre autres. Les fantômes des victimes de la junte militaire sont encore présents – voir son dernier long métrage La llorona , sorti dans les salles françaises le 22 janvier 2020 – et la démocratie revêt toujours trop souvent les atours d’une dictature : la salle de cinéma gratuite, dédiée aux films d’auteurs et ouverte à tous, que Bustamante avait créée à Guatemala City en 2017, a été récemment fermée par les autorités, sans que celles-ci n’en donne les raisons.

Fabrice Marquat

Réalisation et scénario : Jayro Bustamante. Image : Luis Armando Arteaga. Montage : Juan Sebastian Torales.
Son : Miguel Caroli Diaz, Thomas Buet et Damien Tronchot. Musique originale : Gastón Urioste. 
Interprétation : Melanie Recinos, Fabiola Cumes, Angelica Sosa, Marta Buch et Victoria Saez. 
Production : La Casa de Produccion et Takami Productions.