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10/03/2019

“Ta mort en short(s)” en DVD

Comment présenter le motif de la mort à l’attention des jeunes publics ? C’est le pari qu’a brillamment relevé Folimage, en collaboration avec L’Agence du court métrage et “Bref”, à travers une audacieuse sélection de six courts métrages d’animation, aujourd'hui éditée en DVD. La grande faucheuse n’a qu’à bien se tenir !

En moins d’une heure, le thème générique, délicat, est transformé en un hymne à la transmission, aux souvenirs et à toutes les richesses que laissent ceux qui partent. L’ensemble du programme voyage à travers une variété de tons, de techniques et de durées, en évoquant la disparition, le deuil et la tristesse. Un fil rouge se retrouve dans quatre d’entre eux : le lien à l’aïeul.

Du côté des grands-pères, c'est Pépé le morse de Lucrèce Andreae (César du court métrage d’animation 2018, visuel ci-contre) qui ouvre la séance avec une famille un peu désordonnée, venant rendre un dernier hommage à un grand-père mort au milieu de ses mégots, résultat d’innombrables heures passées à bronzer. Alors qu’un rituel funéraire s’organise tant bien que mal sur la plage, les enfants sont en proie à des apparitions pour le moins mystiques, qui incarnent dans un doux surréalisme leurs émotions surgissant face à la mort. Mon papi s’est caché d’Anne Huynh (visuel de bandeau), interprète la disparition comme une dernière partie de cache-cache. Empreinte d’une grande sérénité, cette œuvre visuellement saisissante, travaillée au pastel gras, est une ode au temps qui passe, à la transmission du savoir et à l’héritage immortalisé par un jardin potager.

Du côté des grands-mères, Mamie (visuel ci-contre) dresse le portrait de la relation autobiographique entre Janice Nadeau, la réalisatrice qui retrace ses souvenirs d’enfant, et une vieille dame à la rudesse inébranlable. L’animation traditionnelle sur papier employée dans le film renforce la dimension intime du tableau, vue par des yeux d’enfant.

Se distinguant par sa tonalité d’animation, La petite marchande d’allumettes d’Anne Baillod et Jean Faravel imprègne l’atmosphère d’un souffle glacé. Le film réalisé en volume, avec du papier découpé et des marionnettes, dessine le destin funèbre de la petite fille qui cherche à s’extirper de sa sombre réalité à la chaleur d’une allumette craquée.

Sur un tout autre ton, Chroniques de la poisse raconte la mort surgissant sans crier gare, comme une malédiction qui tomberait du ciel. C’est avec une récurrence de drames loufoques qu’Osman Cerfon amène au rire face à un personnage maudit ne pouvant y échapper : un savoureux mélange entre un crash d’avion, une attaque d’ours et quelques éclaboussures de sang rouge ketchup.

Le dernier court métrage, Los Dias de Los Muertos de Pauline Pinson (visuel ci-contre), fait de la mort une fête bariolée. Les squelettes ressuscités n’attendent qu’une chose : le repas que leurs proches encore vivants leurs ont préparé. Le discours est déjanté, les personnages légers et les couleurs pleines de vitalité, désamorçant totalement l’aspect dramatique du décès.

Ta mort en short(s) s’adresse à toutes les sensibilités et laisse à chacun le choix d’accueillir la mort comme bon lui semble.

Léa Drevon

À lire aussi, notre texte publié au moment de la sortie en salles du programme, le 31 octobre 2018, et, concernant Pépé le morse, un échange entre Lucrèce Andreae et Ayce Kartal, réalisateur de Vilaine fille, dans Bref n°124, qui vient de paraître (et qu'il est possible d'acheter ici).

 

Ta mort en short(s), 6 courts métrages, 54 minutes, à partir de 11 ans.
DVD, Folimage, 14,99 euros le digipack.
Disponible depuis le 5 mars 2019.