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En salles
31/01/2019

“Ulysse et Mona”, le nouveau Betbeder

Mine de rien, voilà déjà presque deux décennies que l'on suit régulièrement la carrière de cinéaste de Sébastien Betbeder, dont le dernier opus nous a touchés et ravis.

On se surpend à se rappeler que c'est au début des années 2000 qu'on a entendu parler de Sébastien Betbeder pour la première fois. C'était avec un court métrage produit par Frédéric Niedermayer, de Moby Dick, Des voix alentours, qui réunissait François Négret – cet acteur si rare –, la belle Margot Abascal et Lou Castel, égal à lui-même. C'était une époque où le réalisateur intégrait Le Fresnoy et son cinéma ne s'était pas encore engagé sur la voie beaucoup plus incarnée où il se trouve désormais. Pas mal de chemin a en effet été parcouru depuis Nuage, son premier long métrage, sorti en 2007, au fil de très nombreux films de tous formats. Sur son chemin, les longs, les courts et les moyens se succèdent et Ulysse et Mona s'inscrit dans une phase d'inspiration désormais durable, visiblement, où un humour décalé se marie harmonieusement avec une chaleur humaine qui permet de s'attacher profondément et sans pathos aux personnages. C'était déjà le cas avec 2 automnes, 3 hivers en 2012 et peut-être plus encore avec la déjà fameuse trilogie du Groenland, composée de deux courts et d'un long (Inupiluk, Le film que nous tournerons... et Voyage au Groenland).

Depuis, il y avait eu Marie et les naufragés, qui scellait une première collaboration de Betbeder avec un Cantona – oh ah ! – absolument formidable et que l'on retrouve en Ulysse dans ce nouveau film en forme de road-movie. Artiste contemporain ayant décidé d'arrêter de produire – ce qui ne manque pas de sel  quand on connaît le parcours de l' auteur, venu des arts visuels, donc –, Ulysse apprend être atteint d'une grave maladie et comprend qu'il lui faut sortir de sa réclusion volontaire pour renouer, avant qu'il soit trop tard, des liens avec les siens : son frère (joué par Joël Cantona, le véritable frangin de l'ancien footballeur), son ex-femme qu'il avait abandonnée sans sommation et son grand fils, qui lui en veut forcément...


Un schéma narratif classique, en apparence, et quelque peu étonnant dans l'univers de Betbeder... Et pourtant, cette mélancolie qui lui est propre se diffuse, avec toujours des moments de drôlerie et plus encore de tendresse et d'émotion. Une étudiante d'abord envahissante, Mona, jouée par Manal Issa (révélée par Danielle Arbid dans Peur de rien en 2015), lui sert de bienveillante accompagnatrice et il y a comme une signification sacrée qui s'insinue peu à peu au cœur de l'Odyssée de ces deux-là, avec ses rencontres et ses péripéties.

De vrais beaux moments ponctuent ce film somme toute assez court (une heure vingt-deux) et de très bons seconds rôles entourent le tandem de protagonistes principaux, en tête desquels la très rare Marie Vialle, en ex-compagne d'Ulysse et qu'on a très peu revue depuis Julie est amoureuse, de Vincent Dietschy, en 1998. Sa présence concentre la variation autour du passage du temps proposée par Betbeder à travers le personnage d'Ulysse, et c'est juste touchant... Si une vingtaine de nouveaux films et reprises, pas moins, sont proposés en cette ultime semaine de janvier, il vaut la peine de privilégier celui-ci, à nouveau produit par Frédéric Dubreuil, à Envie de tempête Productions, complice privilégié du réalisateur.

Christophe Chauville