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En salles
24/01/2019

Autour des “Fauves”, de Vincent Mariette

Trois courts métrages de Vincent Mariette sont en ligne sur Brefcinema à partir de cette semaine. L'occasion de retracer son parcours dans son ensemble, du court au long, à l'occasion de la sortie de ce “Fauves” qui succède à “Tristesse Club”.

Les fauves semble ouvrir une nouvelle période dans la carrière de Vincent Mariette, liée à une inspiration sensiblement différente de celle de ses films précédents, c’est-à-dire tous ses courts métrages et son premier long, Tristesse Club, en 2014. Une marque de fabrique assez nette s’exprimait alors avant tout à travers un humour décalé, à froid souvent, s’imposant tant au fil de situations insolites que de dialogues bien ciselés et pris en charge par des comédiens impeccablement dirigés (pour n’en citer qu’une : Claude Perron, exceptionnelle dans Double mixte). Le jeune réalisateur, passé par la Fémis, avait réussi à installer un univers personnel aisément identifiable, avec son propre rythme, ses gags parfois délibérément “téléphonés”, ses références générationnelles (comme Gabriela Sabatini ou Philippe Sella !).

Tristesse Club fermait sans doute un cycle pour lui et Les fauves, s’il poursuit l’exploration du motif de l’homme immergé dans un environnement de pleine nature d’emblée anxiogène (voir le “refuge” champêtre de Double mixte), tente d’emprunter de façon plus programmatique la voie du fantastique, en tout cas de la fantasmagorie. Dans un camping de Dordogne, la période estivale est marquée pour les plaisanciers par la présence d’une panthère dans les environs, qu’une rumeur tenace relie à de mystérieuses disparitions. Véritable prédateur en cavale ou projection mentale d’esprits perturbés ? Le film peine malheureusement, à force d'hésitations, à s'arrimer où que ce soit, jouant sur trop de tableaux (dont celui du “policier régional”, à travers une improbable flic-sangsue jouée par Camille Cottin), assez loin de la fulgurance de Double mixte ou des Lézards, ou le bizarroïde se mariait harmonieusement à la comédie. Dans ce dernier, l’étincelant duo Macaigne-Forgeard attendait que quelque chose survienne dans le hammam où il se délassait, un peu comme la Laura des Fauves qui s’ennuie fermement entre la tente Quechua et la rivière de ses vacances. Mais une apparition féminine quasi mythologique dans les vapeurs de sauna était plus convaincante que celle d’un dangereux félin dans une caverne, qui prend évidemment aussi une dimension métaphorique épaisse.

Aborder les rives du cinéma de genre pose des enjeux de narration supplémentaires, ce dont Double mixte, manifestement inspiré de l’affaire Kerviel, parvenait savoureusement à jouer. Gageons que Mariette conserve néanmoins toutes les cartes en main pour rebondir en ce sens après cette demie déception, certes non dénuée d’intérêt.

Christophe Chauville


Filmographie courts métrages de Vincent Mariette

Cavalier seul (2009, 30 min)
La mort de Philippe Sella (2009, 9 min)
Le meilleur ami de l'homme (2010, 12 min)
Double mixte (2011, 25 min)
Les lézards (2012, 14 min)

Photo de bandeau : © Camille de Chenay / Kazak Productions.
Autres photos : © Carole Bethuel / Kazak Productions.