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17/01/2020

“3 aventures de Brooke” : Rohmer en Asie du sud-est

Alors qu'on vient déjà de dépasser les 10 ans de sa disparition, Rohmer a inspiré directement un réjouissant film chinois en trois parties, sorti cette semaine.

La figure d'Éric Rohmer, qui s'est éteint il y a dix ans, très exactement le 11 janvier 2010, n'en finit pas d'inspirer de loin en loin des cinéastes de générations postérieures, notamment en Extrême-Orient. Après le Japonais Kôji Fukada avec Au revoir l'été (2013) et, évidemment, le Coréen Hong Sang-soo à travers plusieurs films, l'ombre du maître de la Nouvelle Vague plane délibérément sur 3 aventures de Brooke, de la réalisatrice chinoise Yuan Qing, issue de la Beijing Film Academy.

Ce premier long métrage présenté à la Mostra de Venise dans la section “Giornate degli autori” se présente même en un triptyque composé de segments, sinon de courts métrages se succédant, à la manière de Quatre aventures de Reinette et Mirabelle (1987) ou des Rendez-vous de Paris (1996). Un même personnage se trouve au cœur des trois épisodes, qui s'appuient sur un postulat similaire : une jeune fille en vacances en Malaisie, de nationalité chinoise et se faisant appeler “Brooke”, fait du vélo, sous une chaleur étouffante, sur un chemin isolé et crève son pneu avant. Ce qu'elle vivra découle directement de la rencontre qu'elle effectue alors : avec une jeune femme de son âge nommée Ai Ling, avec un trio de chercheurs en urbanisme ou avec un Français de passage. Les références à la filmographie de Rohmer sont nombreuses, de l'argument narratif de La kletomane et l'arnaqueuse, au sein de … Reinette et Mirabelle, jusqu'au phénomène physique du Rayon vert, qui trouve un écho ici dans les “larmes bleues” de l'une des séquences, assez belle, de la troisième partie. Et puis, le touriste français est incarné par Pascal Greggory, comédien emblématique de l'œuvre du maître de la Nouvelle Vague.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Il serait toutefois injustement réducteur de laisser penser que Yuan Qing ne propose ainsi qu'un exercice “à la manière de…” : elle s'affranchit en effet avec grâce de l'influence assumée de l'auteur des “Contes et proverbes”, laissant émerger peu à peu une petite musique personnelle et une sensualité solaire que porte idéalement sa comédienne Xu Fangyi, héritière inattendue des Anne-Laure Meury, Charlotte Véry ou Amanda Langlet de jadis.

Christophe Chauville

 


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