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Lionella J-156

Sergey Borovkov

  • 2018 , 15 minutes
  • Fiction
  • Production : Black Sea Studio
  • Interprétation :
    • Arslan Muzarbekov
    • Aslan Magomedov
    • Shamsudin Kapkanov
  • Courts d'aujourd'hui
  • Spécial Russie
  • Dans la revue Bref

// Synopsis

Dans une région isolée des montagnes du Caucase, Magomet, un vendeur de vieux frigos, apprend que son fils, qui habite en ville, va bientôt être papa.

// Biographie

Sergey Borovkov

Sergey Borovkov est né en 1987 à Vladivostok, une ville portuaire située au sud-est de la Russie, non loin des frontières de la Chine et de la Corée du Nord.

Après un passage par la publicité, il se lance dans la réalisation de courts métrages, s’interrogeant notamment sur l’espace géographique russe et ses problématiques, comme dans Pastukh, réalisé en 2013, et Shepherd, sélectionné en 2014 au Festival international du film de Capalbio en Italie. Réalisé deux ans plus tard, Ivanytch a également été projeté dans plusieurs festivals internationaux, dont ceux de Téhéran et de Pusan (en Corée du Sud).  

Le réalisateur place l’intrigue de son dernier film, Lionella, dans une région reculée du Caucase, désertée par la jeune génération. Le film, réalisé en 2018, est sélectionné en compétition internationale au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand l’année suivante.

Sergey Borovkov est à présent en train de développer un projet de long métrage.


// La critique

Magomet vend de vieux frigos dans les montagnes reculées du Caucase - vi­sion délicatement surréaliste que ces réfrigérateurs entreposés dans la na­ture tels des ready-made. Malgré les re­mises des magasins, de rares villageois favorisent encore ces terres désolées pour faire fonctionner le commerce et la communauté locale. Un acheteur se retrouve bientôt ébranlé lorsque le commerçant lui annonce la naissance d'une petite fille au prénom peu ortho­doxe : « Lionella ». 

Dans chacun de ses films, Sergey Borovkov uti­lise l'espace géographique (la taïga dans Ivanytch, en 2016) ou les conditions atmosphériques (le brouillard dans Pastukh, en 2013) comme un mo­teur narratif. Cette fois, dans Lionella - sélectionné en compétition internationale au Festival de Cler­mont-Ferrand en 2019 -, Magomet, qui ne possède pas de voiture, ne peut rejoindre son fils, devenu père, en ville. La métropole est dépeinte comme un lieu tabou, laissé dans les pliures du hors-champ. La radiographie des frontières russes passe par l'im­mensité des paysages abandonnés, comme chez Andreï Zvyagintsev (Léviathan, Faute d'amour), où le poids des espaces semble avoir une incidence sur la grande solitude des êtres. Les intérieurs sont vétustes, les routes cabossées, grises ou fantoma­tiques, telles des ombres inanimées. 

Inspiré par le cinéma social et rêche du Roumain Cristian Mungiu (Au-delà des collines et 4 mois, 3 semaines, 2 jours), le cinéaste russe construit un récit dichotomique entre espaces et croyances.
Ma­gomet est devant un choix cornélien, ses regards incessants vers l'horizon comme lieu inatteignable témoigne de son sentiment d'impuissance face aux diktats subis. Le fossé géographique creuse peu à peu un gouffre également générationnel. Le cinéma russe, en constante mutation, s'intéresse et s'inter­roge sur son héritage culturel et sur l'évolution des conventions religieuses face aux consonances d'un prénom. Lionella capte un monde qui change inexo­rablement dans des silences assourdissants.

William Le Personnic

Réalisation : Sergey Borovkov. Scénario : Maxim Matyunin. Image : Gleb Teleshov. 
Montage : Dasha Danilova. Son : Alexei Kozhevnikov. Interprétation : Aslan Magomedov,
Shamsudin Kapkanov et Arslan Muzarbekov. Production : Black Sea Studio.