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La Mort, père & fils J-119

Denis Walgenwitz & Winshluss

  • 2017 , 13 minutes
  • Animation
  • Production : Je Suis Bien Content
  • Spécial Animation
  • Courts d'aujourd'hui
  • À la une
  • Musique originale
  • Spécial César
  • Animation
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

Le fils de la Mort ne veut pas reprendre l'affaire familiale. Il a le rêve secret de devenir ange gardien, ce qui va l'amener à déclencher une série de catastrophes. Son père devra alors le sortir de ce mauvais pas.

// Biographie

Denis Walgenwitz

Né en 1968 à Colmar, Denis Walgenwitz sort diplômé de l’Institut d’Arts visuels d’Orléans en 1991. Il coréalise alors ses deux premiers films avec Nathalie Pat : Trois petits cochons dans l’espace, en 1993, et Comme un pixel sur la soupe, en 1999.

Il fonde en 2000 le studio “Image image” dédié aux tournages de films d’animation et qu’il dirige jusqu’en 2005. En 2007, il signe Un amour de télés, puis travaille comme assistant-réalisateur sur plusieurs films dont : Les Moomins sur la Riviera de Xavier Picard (2014) et La rentrée des classes de Stéphane Aubier et Vincent Patar (2016).

L’année suivante, Denis Walgenwitz participe au long métrage d’animation Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, dit “Winshluss”.

Il coréalisera avec ce dernier une animation en stop-motion intitulée La Mort, père & fils, Prix du jury junior au Festival d’Annecy en 2018 et nommé au César du meilleur court métrage d’animation en 2019.

Le réalisateur travaille actuellement sur la production du prochain projet de long métrage d’Ari Folman, une adaptation du Journal d’Anne Frank.


Winshluss

Né en 1970, à la Rochelle, Winshluss, alias Vincent Paronnaud, est auteur de bandes dessinées (son Pinocchio a reçu le prix du meilleur album à Angoulême, en 2009) et cinéaste. Il a coréalisé deux longs métrages avec Marjane Satrapi (Persépolis, 2007, Prix du jury du Festival de Cannes 2007 et César du meilleur premier film et de la meilleure adaptation 2008 ; et Poulet aux prunes, 2011).

Côté court métrage, en 2003, il commence par la coréalisation avec Lyonel Mathieu, alias Cizo, de Raging Blues, O’Boy, What nice legs ! et Hollywood superstars avec Mr Ferraille, un faux documentaire.

En 2009, il s’attèle à la réalisation de son premier long métrage solo, en prise de vues réelles, Villemolle 81, parodie zombiesque en milieu rural.

Entre 2010 et 2014, il revient au court métrage en animation avec Il était une fois l’huile, une satire de la société de consommation, puis en prise de vues réelles avec le terrifiant Territoire. Smart Monkey est coréalisé avec Nicolas Pawlowski.

En 2017, Winshluss s'associe à Denis Walgenwitz pour la réalisation du court métrage d'animation La Mort, père & fils, récompensé du Prix du jury junior au Festival du film d'animation d'Annecy en 2018 et nommé au César dans la catégorie animation en 2019.


// La critique

Depuis quelques années, Winshluss – alias Vincent Paronnaud –, auteur de bandes dessinées, adapte certaines de ses œuvres au cinéma.

Avant La Mort, père & fils (2017), il avait notamment donné corps, sous forme d’une animation 2D, à Smart Monkey (2014), ce grand ballet animalier délirant paru chez Cornélius. Au cinéma, Winshluss, choisit des compagnons de route pour l’élaboration et la fabrication de ses films. Smart Monkey a été coréalisé avec Nicolas Pawlowski ; La Mort, père & fils avec Denis Walgenwitz.

C’est en travaillant comme assistant sur Persépolis de Marjane Satrapi (2007) que Walgenwitz avait croisé la route de Winshluss. Walgenwitz s’adonnait alors à la pratique du stop-motion. À cette époque, il signait Un amour de télés, un court métrage avec Aurélia Petit et Christophe Salengro mêlant animation et prise de vues réelles. L’idée d’une collaboration entre les deux W. chemine alors, dix années passent : Walgenwitz et Winshluss se retrouvent finalement autour du projet de l’adaptation d’une des histoires de Welcome to the Death Club, une BD de Winshluss, toujours aux éditions Cornélius.

Les personnages dessinés prennent forment ; ils s’incarnent dans des marionnettes aux silhouettes de squelettes. Walgenwitz prend en charge la création et l’animation de celles-ci. Les traits des protagonistes principaux sont doux, aimables, et leur teinte brillante leur confère un aspect de porcelaine tout en fragilité.

S’exprimant sur le processus de création de ce film, Walgenwitz explique combien il a pris garde de s’éloigner de l’influence du modèle burtonien (car trop américain) ; combien aussi il a désiré, sans néanmoins trahir l’humour noir de l’œuvre originale, adoucir les traits, proposer dans l’adaptation une mutation, avec un peu plus de lumière voire de tendresse. Pour y parvenir, outre les traits souriants des marionnettes, outre la musique (celle d’Olivier Bernet, collaborateur fidèle de Winshluss), Walgenwitz raconte avoir été, avec son équipe d’animateurs (Catherine Buffat, Jean-Luc Gréco), très attentifs aux mouvements des personnages afin de ne rien fluidifier (ne rien informatiser), afin surtout de rester “à l’os de l’animation”. À fleur de peau, diraient d’autres.

Résultat La Mort, père & fils est à la fois un conte de filiation et une fable initiatique dans laquelle le Bien et le Mal se répondent, où le jeune héros dans sa quête s’interroge sur son destin, exprime son désir de grandir, de devenir un super héros. Surmontant une série de péripéties, il comprend une multitude de choses : qu’il n’en est pas un, de super héros, et que vouloir faire le bien s’avère parfois catastrophique. Que le monde et la vie ont un sens, que la mort fait partie de l’ordre du monde et, enfin, que l’on ne doit pas contrevenir au sens du monde. Ça fait beaucoup. On pourrait en sus ouvrir d’autres tiroirs. Là, des piques qui critiquent (gentiment, rapidement) le pouvoir avilissant des écrans ; ici, quelque chose sur (les horreurs) de la filière industrielle de la viande. On l’aura compris : La Mort, père & fils est un film très riche, peut-être même le plus riche de Winshluss.

Dans Smart Monkey, un singe figurait l’évolution de l’humanité, ici l’enfant-squelette porte sur ses épaules toute ces questions liées à la condition humaine. Une courte séquence dessine un pastiche de films de zombies. Au-delà de son caractère sanglant et mordant, cette séquence n’est pas anodine. Elle tient même de la bombe à retardement. La figure de l’inversion agit comme un bain révélateur dans lequel les traits de chacun(e) s’accentuent. Moralité : les hommes n’ont jamais cessé de s’entre dévorer ; rien de plus humain que ce petit squelette (et son père). Tous deux ont encore une conscience : celle de voir, d’accompagner et de compter nos morts.

Donald James

Réalisation : Denis Walgenwitz et Winshluss. Scénario : Winshluss et Marc Jousset. Image : Stephen Barcelo.
Compositing : Cyprien Nozieres. Animation : Catherine Buffat, Jean-Luc Greco et Denis Walgenwitz. 
Montage : Nazim Meslem. Son : David Coutures. Musique originale : Olivier Bernet. Production : Je Suis Bien Content.