Revenir aux films

Coqueluche J-148

Aurélien Peyre

  • 2018 , 45 minutes
  • Fiction
  • Production : Gladys Glover
  • Interprétation :
    • Mano Fernandez
    • Sébastien François
    • Shanen Ricci
    • Thibault Servière
  • Comédies
  • Nouvelles générations
  • Moyens Métrages

// Synopsis

Sur les lattes de la jetée claquent de très hauts talons. Laurine, 19 ans, belle comme le jour, vient rejoindre son amoureux Olivier, qui passe ses vacances en famille, comme chaque été, avec ses cousins, sur la petite île de Bréhat. Laurine devient vite la proie des railleries des uns et de la convoitise des autres.

// Biographie

Aurélien Peyre

Aurélien Peyre est né à Paris en 1994. À l’âge de 5 ans, une marionnettiste-contorsionniste russe devient sa nourrice et lui donne goût à la narration. De 6 à 14 ans, il prend des cours de théâtre au Cours Simon et à la Compagnie du message.

En 2016, après des études de cinéma à l'ESEC, il réalise La bande à Juliette, salué par une mention du jury de la presse à Côté court, à Pantin. En 2017, Aurélien Peyre découvre Loft Story et son héroïne Loana qui lui inspirent le personnage de Laurine et l’histoire de Coqueluche. Ce dernier a reçu le Prix spécial Ciné+ aux Rencontres internationales du moyen métrage de Brive et a été à son tour présenté, en panorama cette fois, à Côté court. Il s'est également vu attribuer en 2018 le Grand prix du Festival européen du film court de Nice, “Un festival, c'est trop court !”.

Il développe actuellement son premier long métrage, Folie à deux, un “documenteur” comique, ainsi qu’une série de 8x52 minutes. 


// La critique

Le titre A Summer Place de Ray Conniff résonne. La suavité du bleu, l’ondulation de l’eau : tout est trop beau, comme dans le générique iconique de Blue Velvet, de David Lynch, où l’apparente tranquillité (le soleil, des fleurs) cache une réalité plus morose, plus pernicieuse et vénéneuse.

Laurine vient passer des vacances (tumultueuses) avec la famille de son copain, Olivier, sur l’île de Bréhat en Bretagne. Dès l’instant où elle pose ses talons compensés sur la jetée, la jeune fille fait l’objet de brimades. Elle se heurte dans un premier temps à la mentalité et à l’attitude bourgeoise de ses hôtes. Laurine apparaît comme une dissonance. Elle ferait même presque désordre dans le plan : une robe d’un rouge trop vif à côté des chemises et des chandails neutres, une façon de penser oisive qui détonne, une liberté qui dérange. Elle est d’abord regardée par un œil amusé, chargé d’a priori, d’idées archétypales. Bien que galvaudée, voir ironique, la mise en scène s’en amuse en adoptant un point de vue voyeuriste et ostentatoire. Les garçons l’observent avec des lunettes jumelles (comble de l’intrusion, ou de la pulsion perverse), les ralentis langoureux fétichisent les courbes de son corps, les cheveux au vent. Le personnage de Laurine – jouée par Shanen Ricci – trouve son inspiration du côté de la télé-réalité (Loana dans Love Story) mais évoque aussi l’actrice Jayne Mansfield ou la fantasque Arielle Dombasle chez Éric Rohmer. Le beau projet d’Aurélien Peyre est de donner du temps dans l’image à une figure exogène souvent reléguée au second plan, survolée, voire déshumanisée au cinéma. Elle est de tous les plans, elle attire le regard comme un aimant mais dans un mouvement paradoxal se retrouve en même temps exclue. Intimement, Laurine parvient à entamer une forme de résistance. On pense toujours à Rohmer (La collectionneuse ou Pauline à la plage), films d’été où la figure féminine est maîtresse de son destin : “Pas touche, pépère !” dit la jeune fille en stoppant nette une tape sur ses fesses.

Le premier moyen métrage d’Aurélien Peyre, La bande à Juliette mettait également à l’honneur l’effervescence du groupe, la bande dans son insouciance, mais aussi sa cruauté, ses regards gênés, ses petits secrets. La fin de l’adolescence s’amorce. Derrière les enfantillages et les railleries se cachent de véritables questionnements sur l’image de la femme, sa place dans le monde, le “sexisme ordinaire”, et sur le mépris social, au même titre que la chronique ensoleillée Une fille facile de Rebecca Zlotowski (2019). Si le film commence comme une comédie enlevée, rétro à la Douglas Sirk (générique fleuri criard, musique leitmotiv), Coqueluche opère alors une bascule mélancolique. La voix de l’actrice devient de plus en plus grave, en même temps que la photographie se fait plus sombre, le film change de tonalité visuelle et de ton, il est presque nimbé de mystère. On entrevoit d’ailleurs Laurine lisant Tintin et l’étoile mystérieuse : comme dans cet album d’Hergé, elle-même est une énigme, dont le réalisateur prend soin à parfaire les contours.

Laurine constamment ballottée offre comme symbole d’un amour naïf à Olivier la moitié d’un médaillon en forme de cœur, bijou demeurant surtout et avant tout un cœur brisé. La musique de Dalida vient clore le récit : La Bambola ; une “poupée fragile” certes, mais robuste.

William Le Personnic


Réalisation et scénario : Aurélien Peyre. Image : Masanoti Omori. Montage : François Quiqueré. Son : Hugo Zeitoun et Thomas Van Pottelberge. Interprétation : Shanen Ricci, Sébastien François, Thibault Servière, Mano Fernandez, Vera Cupic Vojnovic, Gwendoline Fiquet, Jennifer Luckit, Céleste Rochery et Françoise Cadol. Production : Gladys Glover. 

// Bonus

// A voir aussi...