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Kijima Stories J-171

Laetitia Mikles

  • 2013 , 31 minutes
  • Animation, Documentaire
  • Production : Les Films d’ici et La Facture
  • Documentaires
  • Animation
  • Curiosités
  • Musique originale
  • Moyens Métrages

// Synopsis

“Kijima n’est plus un yakuza”, affirme un journal de Sapporo, au Japon. Est-ce vrai ? Un mystérieux dessinateur mène son enquête. Au fil des rencontres, l'enquête se double d'un autre récit, composé de sons et de furtives séquences d'animation.

// Biographie

Laetitia Mikles

Née en 1971, Lætitia Mikles est réalisatrice, scénariste et critique de cinéma. Après des études de sociologie, elle commence à écrire pour la revue de cinéma Positif et tourne ses premiers documentaires. Lauréate de la Villa Kijoyama – une résidence d’artistes installée à Kyoto –, elle réalise un portrait de la cinéaste japonaise Naomi Kawase, Rien ne s’efface, qui obtient le Prix Découverte de la Scam en 2009.

Elle rencontre l’un des rares Noirs japonais pour le “docu radio” Le japonais n’est pas une langue scientifique (2011) et enquête sur un mystérieux yakuza à travers Kijima Stories (2013), récompensé aux Étoiles de la Scam. Ses sujets la portent, en documentaire, vers la communication silencieuse, que ce soit la langue des signes tactile utilisée par des personnes sourdes et aveugles (Touchée, 2003), le langage corporel d’une fillette trisomique (Lucie va à l’école, 2001) ou le silence monastique (De profundis, coréalisé avec Olivier Ciechelski, 2004).

Parallèlement à ses courts métrages de fiction (Le vice caché des Navajos en 2016, Demi-sang en 2019), elle filme des artistes, tels le plasticien Laurent Pariente (Et là-bas souffle le vent souffle) et le chanteur Abdel Khellil (Que l’amour, 2019, long métrage documentaire qui reçoit le Prix du meilleur film au Bruxelles Art Film Festival).

Toutes ses réalisations ont été sélectionnées dans des festivals sur tous les continents : La Rochelle, le FID de Marseille, Lussas, Stockholm, Palerme, Rio de Janeiro, Lisbonne, Moscou, Nairobi, Séoul, etc.


// La critique

À l'origine du film, une photo et un article de journal mentionnant la reconversion d'un yakuza à la religion catholique. Qui est ce mystérieux Monsieur Kijima et comment en dresser le portrait ? L'enquête documentaire s'articule au travail d'un dessinateur, dont on ne verra que les mains, qui fixe en quelques coups de pinceau les visages des personnes rencontrées, des bribes de leurs récits et les lieux que traverse le film.

Si Kijima Stories s'inscrit dans la lignée des documentaires animés qu'on a vu se multiplier ces dernières années, il présente la particularité d'explorer une palette particulièrement riche d'interactions entre images du réel et dessins. Au début, les traits à l'encre noire évoquent les esquisses réalisées lors de procès. La question est lancée, et la première fausse piste aussi : comment juger ce Monsieur Kijima ? Mais bientôt les dessins se font plus abstraits et les taches d'encre se diluant dans l'eau deviennent l'image de sentiments flottants. Puis le dessin s'anime et se colore pour emporter le récit dans des tourbillons de formes et de mouvements inattendus.

L'autre force du film est de jouer sans cesse avec des fausses pistes et autres voies sans issue. Plusieurs personnes interrogées nous décrivent un homme qu'elles n'ont en fait jamais connu et nous sommes bien en mal de démêler, à la fin du film, les véritables péripéties de ce Monsieur Kijima des rêveries des témoins, ou supposés témoins. Le principe du film nous est dévoilé par la patronne d'un bar qui s'amuse à inventer ce qu'aurait pu être sa rencontre avec cet homme; il s'agit, dit-elle, d'un “jeu d'imagination”. Ainsi ce Monsieur Kijima n'est peut-être qu'une sorte de Mac Guffin, un prétexte permettant d'interroger, de manière détournée, la place des yakuzas au Japon.

Cet étrange film choral ressemble ainsi davantage à un cadavre exquis où chacun invente une partie de la vie d'un autre. Comme Monsieur Kijima, le dessinateur restera dans l'ombre, mais ses dessins, de plus en plus complexes et entremêlés de formes sinueuses, finiront par ressembler aux tatouages qui décorent les corps des yakuzas, le sujet et sa représentation s'imbriquant alors, dans le dernier plan du film, de manière vertigineuse.

Amanda Robles

Article paru dans Bref n°110, 2014.

Réalisation et scénario : Laetitia Mikles. Image : Nicolas Duchêne. Animation : David Martin et Nathanaël Mikles. Montage : Marie-Pierre Frappier et Emmanuelle Pancalet. Son : Victor Pereira et Roman Dymny.
Musique originale : Martin Wheeler. Production : Les Films d’ici et La Facture.

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