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Une femme dans la rue J-171

Olivier Bourbeillon

  • 2000 , 14 minutes
  • Fiction
  • Production : Paris-Brest Productions
  • Interprétation :
    • Irina Björklund
    • James Thierrée
    • Minna Haapkylä
  • 50/50
  • Curiosités

// Synopsis

Trois jeunes peintres finlandaises marchent dans un chemin creux en Bretagne, leurs chevalets sous le bras. Parmi elles, Heleena, 20 ans, lassée de ne peindre que des falaises, des clochers et des calvaires, voudrait entrer dans les maisons et rencontrer des femmes et des hommes de ce pays.

// Biographie

Olivier Bourbeillon

Né en 1957 à Dinan (Côtes d'Armor), Olivier Bourbeillon est producteur et réalisateur. En 1989, il fut à l'origine de la société de production Lazennec Bretagne. Il créa aussi le Festival européen du film court de Brest, qu’il dirigea de 1983 à 1991. En 1999, il fondait la société Paris-Brest Productions, avec la réalisatrice Marie Hélia, dont l'un des premiers films produits fut l'un des siens : Une femme dans la rue (2000).

Olivier Bourbeillon avait auparavant réalisé plusieurs courts métrages de fiction, comme La fiancée (1983) ou La marée basse (1986). Il devait ensuite se tourner principalement vers le documentaire, à travers Grand manège (sur Claude Chabrol, 2005), La dernière journée (qui obtint l’Ours de bronze du Festival des Nations d'Ebensee, en Autriche, en 2006), Une vie en forme d’arête : Boris Vian (2013), Mon journal au quotidien, au cœur du Télégramme (2014) ou encore La folle nuit Matheus (sur le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi, 2014).


// La critique

Un glissement de netteté de l’arrière au premier plan, et c’est l’artiste – une jeune peintre d’origine finlandaise – qui devient le sujet de l’œuvre, et non plus le modèle. Dans cette fiction de 14 minutes, c’est son regard et sa subjectivité qui sont mis en avant. Olivier Bourbeillon et son directeur de la photographie Laurent Dailland jouent à la fois avec les couleurs et les changements inévitables de la lumière naturelle, et avec la profondeur de champ : le flou envahit parfois plus de la moitié de l’image. Ces deux éléments conjugués créent un effet proche de celui de touches de pinceau sur une toile, reproduisant ainsi les tableaux de l’école de Pont-Aven, du nom du village qui a attiré de nombreux peintres à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle se déroule le film. D’abord, ce sont des Américains qui découvrirent ces paysages – d’où le surnom d’“Hôtel des Américains” donné dans le film à l’auberge où les artistes étrangers séjournent –, puis des Parisiens – dont les impressionnistes, qui cherchaient cette luminosité si belle dans le film –, des Anglais et, donc, des Finlandais…

L’image est travaillée comme si le cinéaste tentait de comprendre et de reproduire le regard de son personnage. Contrairement à ses consœurs, qui se fondent sereinement dans les paysages qu’elles peignent (la rousseur de l’une dans l’ocre de la végétation sèche des falaises ; le calme de l’autre, assise dans la forêt), Heleena tranche sur la mer et la nature avec le noir de sa robe et de son chapeau. Elle se rapproche plutôt du gris des maisons et des rues, un paysage urbain qui lui paraît plus vivant, ou du moins plus intéressant (“du plein air à l’intérieur”, peut-on lire dans le synopsis). C’est également ce qu’évoque le titre : “une femme dans la rue” ; Heleena se détourne des paysages des côtes bretonnes pour s’emparer des murs et de leurs habitants. Alors que des chants traditionnels résonnent et qu’elle se trouve dans un lieu mythique pour la peinture de paysages, elle s’émancipe et cherche à tout prix à peindre un modèle. La frénésie de ses mouvements contraste tant avec la lenteur des plans larges sur les paysages immobiles qu’elle rend son impatience et son désir palpables. À tel point que même la caméra court vers un jeune cavalier (joué par James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin, dont la carrière s’affirmait dans les années 1990, avec notamment Rimbaud Verlaine d’Agnieszka Holland, interprété par Leonardo DiCaprio) pour qu’Heleena lui demande de se faire portraiturer. Lorsqu’elle peint, ses gestes sont vifs et saccadés, comme ses yeux qui sautent du sujet à la toile sans jamais se poser. Pourquoi s’arrêter ? La jeune artiste n’est pas satisfaite et tourne sèchement les pages de son calepin d’un geste désapprobateur. Pourtant, le jeune homme finit par accepter sa proposition, alors seulement, la lumière sur leur peau passe de l’or du soir au blanc du soleil. Heleena est restée assise à peindre toute la nuit, elle le restera tout l’hiver.

Anne-Capucine Blot

Réalisation : Olivier Bourbeillon. Scénario : Outi Nyytäjä et Marie Hélia. Image : Laurent Dailland et Bernard Tissier. Montage : Sophie Vincendeau. Son : Madone Charpail et Vincent Pessogneaux. Interprétation : Irina Björklund, Minna Haapkylä et James Thierrée. Production : Paris-Brest Productions.

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