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Pourquoi j'ai écrit la Bible J-112

Alexandre Steiger

  • 2017 , 29 minutes
  • Fiction
  • Production : 10:15 Productions !
  • Interprétation :
    • Alexandre Steiger
    • Christian Bouillette
    • Laëtitia Spigarelli
    • Samuel Achache
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  • Sélection Télérama

// Synopsis

Francis, un homme d’une soixantaine d’années, multiplie les frasques depuis qu'il se sait condamné. Samuel et sa sœur doivent donc trouver une manière d'accompagner leur père côute que coûte...

// Biographie

Alexandre Steiger

Après des études de droit, Alexandre Steiger, né en 1976, se forme au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.

Il débute en tant que comédien dans des longs métrages d‘Emmanuel Bourdieu (Les amitiés maléfiques), d’Anne Fontaine (La fille de Monaco), de Nicolas Saada (Espion(s)), ou encore de Mathieu Kassovitz (L’ordre et la morale). Il a également accompagné certains réalisateurs entre le court et le long métrage : on peut l’apercevoir dans Agit Pop, court métrage choral de Nicolas Pariser, avant de tenir l’un des rôles d’Alice et le maire en 2019. Il est également dirigé plusieurs fois par Erwan Le Duc dans ses courts Miaou miaou fourrure (2015) et Le soldat vierge (2016), puis plus récemment dans Perdrix, premier long métrage du réalisateur sorti en 2019.

En parallèle, Alexandre Steiger intègre, dès 2016, la troupe des Chiens de Navarre sous la direction de Jean-Christophe Meurisse.

Il est également passé dans l’intervalle à la réalisation d’un moyen métrage réalisé en 2017 et primé à Clermont-Ferrand dans la foulée : Pourquoi j’ai écrit la Bible, porté entre autres par le comédien Samuel Achache. Il retrouve ce dernier l’année suivante – en duo avec Judith Chemla – pour De longs discours dans vos cheveux, une commande initiée par 3e Scène, plateforme digitale de l’Opéra national de Paris.


// La critique

Comment aborder la maladie, la mort, différemment ? Et éviter le déjà-vu ? Dès les premières minutes de son premier court métrage en tant que réalisateur, Alexandre Steiger choisit un angle personnel et décalé pour traiter ce délicat sujet.

Proche de la fin, Francis part à la dérive, plus encore qu’au cours de sa vie, où il a créé toutes sortes d’inventions (un radiateur pour chauffer les rues, un bouchon de canette…) qu’il a rassemblées tel un tableau, une fenêtre sur ses expériences échouées. C’est sur cette idée d’échec et de tentatives que le film repose. Le réalisateur tend à réfléchir la difficulté des liens familiaux, l’apprentissage de la communication quand celle-ci s’est toujours trouvée hésitante. Chaque personnage est dans l’inconfort, l’incertitude de ses paroles, excepté Francis qui, par le choix de vivre sa mort à sa manière, oblige ceux qui l’entourent à se positionner et à évoluer autrement. Pour cela, Alexandre Steiger offre à ses acteurs une certaine liberté d’improvisation, à travers des échanges maladroits souvent filmés par une caméra à l’épaule, pour un naturel absolu qui traduit le sentiment d’impuissance que la situation impose. Le cinéaste prend aussi des risques, notamment à travers le personnage de Jésus Christ qui intervient telle une grande respiration dans la vie de Samuel, le fils de Francis. Ses interventions comiques poussent le drame vers le burlesque et jouent avec les codes des deux genres. On passe alors de l’un à l’autre sans le remarquer, tant l’effort de justesse est maîtrisé. Les intermèdes musicaux, quant à eux, soulignent ce contraste des genres en utilisant le style baroque.

Au fur et à mesure, chaque personnage se soustrait individuellement au drame et participe à la comédie. C’est le cas notamment lors de la scène où Francis demande à ses enfants de porter un drap pendant le repas afin d’être des fantômes, tout comme lui. D’abord réticents, ils finissent par accepter cette demande inattendue et celles qui suivront aussi, car elles ne sont, en fin de compte, pas plus absurdes que la mort elle-même…

À l’image de ses émotions, c’est dans son propre appartement, sa sphère intime, que Francis se renferme. Là où il craint de s’éteindre et où la lumière est toujours discrète, fébrile, pointant des endroits précis à l’inverse de l’extérieur, qui ouvre à l’imagination et au choix. Dans un dernier échange, les trois protagonistes se retrouvent, le frère et la sœur tous deux devant leur reflet, un miroir pour les ramener au plus près d’eux-mêmes. En face d’eux, caché dans une armoire, Francis murmure, rassemble ceux qui l’aiment et accepte le dénouement. Au petit matin quand les deux adultes redevenus enfants dorment encore, il s’échappe pour aller plonger, retrouver sa mouvance une dernière fois.

Aliénor Lecomte

Réalisation et scénario : Alexandre Steiger. Image : Grégoire de Calignon.
Montage : Céline Canard.  Son : Olivier Pelletier, Alexandre Hecker et Roman Dymny.
Interprétation : Samuel Achache, Christian Bouillette, Laëtitia Spigarelli et Alexandre Steiger.
Production : 10:15 Productions !

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