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Le septième continent J-35

Noé Debré

  • 2018 , 22 minutes
  • Fiction
  • Production : Moonshaker et Films Grand Huit
  • Interprétation :
    • Anaïs Thomas
    • Benjamin Siksou
    • Thomas Blumenthal
    • Thomas Scimeca
  • Curiosités
  • Nouvelles générations
  • Sélection Télérama
  • Musique originale

// Synopsis

D’Émile on ne sait rien en dehors de cette rumeur persistante qu’il vivrait dans une cabine Autolib. C’est là que Thybald vient lui proposer 300 euros pour retrouver Claire Soares, sa petite amie disparue. Lancé sur sa trace, Émile remontera jusqu’au septième continent...

// Biographie

Noé Debré

Né en 1986, Noé Debré grandit à Strasbourg avant de rejoindre Paris pour étudier le cinéma à la Sorbonne.

Il travaille avec Thomas Bidegain, scénariste de Jacques Audiard, avant de participer à l’écriture des courts métrages Tempus fugit de Fred Grivois (2010) et l’animation Les poisons de Benjamin Charbit (2011) ; puis de longs métrages tels La crème de la crème de Kim Chapiron en 2014, La résistance de l’air de Fred Grivois l’année suivante, Dheepan de Jacques Audiard (Palme d’or 2015) et plus récemment Le monde est à toi de Romain Gavras, sorti en 2018, et Le prince oublié de Michel Hazanavicius en 2020.

Entre temps, Noé Debré est passé à la réalisation et signe deux courts métrages : l’insolite Septième continent et Une fille moderne, tous deux sélectionnés au Festival de Clermont-Ferrand, le premier en 2018 et le second en 2020.


// La critique

Scénariste productif, Noé Debré est passé à la réalisation avec ce récit fantasmatique et à la croisée des genres. Une balade de vingt-deux minutes ubuesques, où l’on suit un personnage de loser qui s’improvise détective privé. Émile (Thomas Blumenthal), nounours au ralenti, habite peut-être une cabine Autolib, ou peut-être pas. En tout cas, il est chargé par un jeune gars (Benjamin Siksou) d’une mission pour “trois cents balles” : partir sur les traces d’une donzelle qui serait tombée sous le joug d’un riche homme mûr. Voici donc le spectateur face à une promesse de romanesque, avec du mystère et de l’inconnu. Mais l’apprenti-cinéaste déjoue illico les codes du genre par l’humour et la décontraction. Car là où les privés usent de leur science pour mener leur enquête, le simili chercheur se laisse ici plutôt guider au hasard des rencontres, à commencer par l’entrée d’une boîte de nuit et la rencontre avec Simon, campé par l’inénarrable ahuri solaire Thomas Scimeca.

Le hasard mènera finalement le “fileur” à bon port. Mais quel voyage ! La caméra glisse dans un appartement où les drogues pullulent et contaminent le climat. Le délire gagne le réalisme et l’épopée d’espionnage atteint le psychédélique quand les personnages se mettent à lécher des boules hallucinogènes et qu’apparaît une certaine portée environnementale. L’enleveur de la belle est en effet un magnat du sac plastique et donc un actant phare de la catastrophe écologique qui contamine les océans. L’inimaginable territoire polluant et flottant donne son titre au film. Et devient l’obsession lancinante du récit, au gré d’images et de sons à l’esthétique pop et colorée. La musique aussi, signée Ulysse Klotz, s’accorde au décalage et au mélange des genres, comme dans les compositions du musicien pour des membres de sa famille (Élisabeth Perceval, Nicolas Klotz, Héléna Klotz) et pour les autres (Gabriel Abrantes, Lucien Burckel de Tell, Caroline Poggi et Jonathan Vinel).

Oui, le mélange des genres prime. C’est même le plat de résistance que décline inlassablement l’auteur Noé Debré. Polar, drame social, comédie, actualité du monde : la palette est large et les univers perméables. Mais avec toujours une patte qui s’accorde à des films au style visuel travaillé (chez Kim Chapiron ou Romain Gavras), à l’ambition romanesque (pour Jacques Audiard, Thomas Bidegain ou Michaël R. Roskam), avec une volonté de raconter une réalité sociale et politique (dans Le brio ou Le poulain), sans hésiter à passer par l’humour (Problemos, Selfie) ou le rêve épique (Le prince oublié). Dans son second film court, Une fille moderne, il est toujours question d’une bande de garçons, qui gravitent autour d’une fille, dont l’action bouleverse le cours des choses. Le féminin apparaît encore minimisé, manipulé, fantasmé, fétichisé, mais révèle, finalement, l’homme à sa faiblesse. Comme une revanche qui percerait la carcasse des jeux “virils”. Ouf !

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Noé Debré. Image : Boris Levy. Montage : Géraldine Mangenot. 
Son : Antoine Mercier, Claire Cahu et Jean-Pierre Laforce. Musique originale : Ulysse Klotz. 
Interprétation : Thomas Blumenthal, Benjamin Siksou, Anaïs Thomas et Thomas Scimeca. 
Production : Moonshaker et Films Grand Huit.

// Bonus

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