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La petite marchande d'allumettes J-32

Anne Baillod & Jean Faravel

  • 2016 , 9 minutes
  • Animation
  • Production : Folimage S.A.S
  • Spécial Animation
  • Courts d'aujourd'hui
  • Musique originale
  • Contes d'hiver
  • Animation
  • Musique originale

// Synopsis

Directement adapté du célèbre texte d'Andersen, le film raconte le sort d'une petite marchande qui tente de vendre des allumettes, dans une grande ville, en plein hiver. N'y parvenant pas, pour se réchauffer un peu, elle finit par brûler toutes les allumettes. Ces instants de chaleur, volés à la morsure du froid, sont accompagnés par des visions heureuses qui culminent avec l'apparition de sa défunte grand-mère, “la seule personne qui avait été bonne pour elle”.

// Biographie

Anne Baillod

Née en 1960 en Suisse, Anne Baillod est diplômée de la Haute école d’art et de design de Genève, dans la section graphisme, formation qui s’achève en 1987 par la réalisation du court métrage de fin d’études Rêve de grenouille. Elle entreprend ensuite une formation au sein des studios Pannonia à Budapest.

Entre 1987 et 2003, Anne Baillod réalise trois courts métrages : L’habit de voyage en 1990, Une femme sans préjugés en 1996 et Ivanko de l’ours en 2003.

Parallèlement, elle fonde avec son compagnon Jean Faravel l’association Ivanko-Films, qui produira l'un de ses courts métrage : Trois notes de clarinette en 2008.

Depuis 2011, elle alterne l’enseignement des arts visuels et la réalisation de courts métrages d’animation, dont une adaptation en 2D du conte d’Andersen, La petite marchande d’allumettes, co-réalisé avec Jean Faravel en 2016. Sélectionné en 2017 au Festival de Clermont-Ferrand dans la catégorie jeune public, le film intègre, à l'automne 2018, le programme de courts métrages “Ta mort en short(s)”, piloté par Folimage, en partenariat avec Bref et L'Agence du court métrage. La thématique du deuil est explorée à travers six films parmi lesquels : Pépé le Morse d'Anne Huynh et Mon papi s'est caché de Lucrèce Andreae.


Jean Faravel

Né en 1958 à Morges (Suisse), Jean Faravel sort diplômé de la Haute école d’art et de design de Genève, dans la section cinéma, en 1985. Il y réalise, cette année-là, un premier court métrage de fin d’études, Le géographe, avant de se spécialiser dans la sonorisation pour le théâtre. Il travaille alors pour la Comédie de Genève ainsi que pour les Opéras de Marseille et de Nancy.

En tant qu’ingénieur du son, Jean Faravel travaille sur différents projets que ce soit des créations théâtrales, des films documentaires ou encore d’animation.

En 1998, il signe un second court métrage : Le fantôme, puis coréalise plusieurs films d’animation avec sa compagne Anne Baillod : Ivanko de l’ours (2003), Trois notes de clarinette (2008), ainsi qu’une adaptation d'un célèbre conte d’Andersen : La petite marchande d’allumettes (2016), sélectionné en 2017 au Festival de Clermont-Ferrand dans la catégorie jeune public. Le film intègre le programme de courts métrages “Ta mort en short(s)”, piloté par Folimage, en partenariat avec Bref et L'Agence du court métrage, sorti à l'automne 2018.

Jean Faravel est également co-fondateur de l’association Ivanko-Films et du Cinéma Spoutnik à Genève.


// La critique

La petite fille aux allumettes est probablement l’un des contes les plus connus, et surtout l’un des plus tristes écrits par Hans Christian Andersen. Alors qu’il connaît lui-même une période d’opulence, au milieu des années 1840, l’auteur se souvient de sa propre grand-mère, contrainte de mendier lorsqu’elle était enfant, et imagine le récit poignant de cette fillette mourant de froid dans la rue lors de la nuit du Nouvel an. Les réalisateurs Anne Baillod et Jean Faravel s’attaquent donc à un morceau d’anthologie qui a déjà connu bien des adaptations, dont celles de Jean Renoir (1928) et d’Aki Kaurismäki (1990), et en proposent une version atemporelle dont le propos entre malheureusement toujours en résonance avec l’époque actuelle.

La scène d’ouverture montre des corbeaux dans un arbre enneigé, qui observent une petite fille vêtue pauvrement sortant d’une modeste cabane au milieu des bois. On ne sait s’ils lui lancent des encouragements ou au contraire des menaces tandis qu’elle se dirige vers la ville voisine afin d’y vendre des allumettes.

Alors que cette introduction présente le personnage dans une nature dépouillée, mais à l’horizon dégagé et aux teintes claires (la blancheur de la neige contrebalançant la grisaille de l’hiver), l’arrivée dans la ville est marquée par la verticalité des immeubles (qui bloquent la vue) et l’uniformisation de la palette chromatique qui bascule dans un camaïeu de gris et de noirs. Le petite fille nous apparaît toute frêle et pâle, encerclée par des silhouettes noires anonymes dont les visages sont dissimulés sous des parapluies tous identiques. Les gens se pressent sans faire attention à elle (l’un des passants, plus tard dans la soirée, piétinera même ses allumettes par inadvertance) et débordent du cadre, la cernant de jambes et de bas de manteaux qui la frôlent sans jamais s’arrêter. Seules les enseignes animées semblent la remarquer. Mais comme pour les oiseaux au début du film, on ne sait si leurs personnages dessinés ont de la pitié pour elle, ou une simple curiosité ponctuelle.

Les deux réalisateurs, assumant pleinement la dimension mélodramatique du récit d’origine, dénoncent ainsi explicitement les contradictions de cette société qui pousse à la (sur)consommation tout en laissant une enfant seule dans le froid. Symboliquement, le seul personnage ayant un peu de compassion pour la fillette n’est d’ailleurs pas humain : c’est le lapin d’une enseigne de pain d’épices, qui cesse un instant de souffler dans sa trompette pour la regarder passer tristement. Juste après, le plan où la petite marchande s’arrête pour admirer la vitrine richement colorée d’un magasin de jouets est tout bonnement déchirant.

De la même manière, les rares moments de joie du film (les visions permises par les précieuses allumettes) ne font qu’ajouter au contraste violent entre l’ambiance joyeuse que l’on devine derrière les rideaux tirés des habitations et la réalité froide de la rue. Aussi, lorsqu’arrive la vision finale, allégorie de la mort de l’enfant transcendée par la beauté d’un chant slave et la douceur des retrouvailles avec la grand-mère, l’horreur d’une telle tragédie est presque apaisée par l’idée d’une forme de solidarité entre les morts et les vivants.

Marie-Pauline Mollaret

Réalisation et adaptation : Anne Baillod et Jean Faravel. Image : Sara Sponga et Aurélie Sprenger.
Animation : Elie Chapuis, Chaïtane Conversat et Marjolaine Parrot. Compositing : Eléonore Künstner, Camille Müller et Claudia Wirth. Montage : Zoltan Horvath. Son : Denis Séchaud et Marie Mazière. Musique originale : Bernard Trontin.
Production : Folimage.