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Nefta Football Club J-163

Yves Piat

  • 2018 , 17 minutes
  • Fiction
  • Production : Les Valseurs
  • Interprétation :
    • Eltayef Dhaoui
    • Hichem Mesbah
    • Lyes Salem
    • Mohamed Ali Ayari
  • Courts d'aujourd'hui
  • À la une
  • Musique originale
  • Spécial César
  • Clermont-Ferrand 2020
  • Teen Spirit
  • Spécial comédie

// Synopsis

Dans un village tunisien, des enfants jouent au foot sur un terrain sans lignes de démarcation. Pendant ce temps, Abdallah et Mohammed tombent sur un âne avec un casque sur les oreilles et des sacs contenant une poudre blanche accrochés sur les flancs. Les deux jeunes frères décident de ramener ces sachets au village.

// Biographie

Yves Piat

Yves Piat découvre le monde du cinéma à travers son travail de technicien et de décorateur sur les plateaux de tournage de la société de production Fouillet Wieber.

Il réalise en 2001 son premier court métrage, Tempus fugit, produit par Lazennec Tout Court et avec Maurice Garrel dans l’un des rôles principaux.

Tourné en 2018 dans le sud de la Tunisie, son second court métrage, Nefta Football Club lui ouvre les portes des festivals internationaux. En quelques mois, le film obtient une trentaine de prix en France comme à l’étranger, dont le Prix du public au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en 2019. Le film fait également partie des cinq nommés au César du meilleur court métrage 2020 et sera en lice pour les Oscars.


// La critique

Deux hommes en plein milieu du désert, fébriles, semblent être à la recherche d’un objet perdu, tandis que plus loin, un âne, porteur d’un mystérieux chargement – affublé d’un casque audio sur les oreilles – passe dans le cadre. Abdallah et Mohammed, un adolescent et un jeune garçon railleurs en mobylette tombent sur cet animal si convoité. Le ton, foncièrement insolite, est donné.

Yves Piat met en scène le désert, la frontière entre la Tunisie et l’Algérie, comme un espace vide qui recèlerait de trésors, un territoire imprévisible où on peut faire la rencontre d’un animal avec un casque vissé sur la tête. Celui-ci transporte de la poudre blanche, de la cocaïne, à moins que ce ne soit naïvement de la lessive ? On pense à No Country for Old Men des frères Coen, pour ce théâtre désertique, rendez-vous privilégié des truands ; mais le réalisateur français échange ici la noirceur pour la farce. On comprend que c’est un âne conditionné, effectuant un parcours uniquement s’il entend la chanteuse Adèle et son titre “Someone Like You” que l’un des deux bandits confond facétieusement avec un certain Cheik Hadèl (selon les sous-titres). Les deux petits garçons décident de subtiliser le chargement comme on vole une cargaison dans un western et de le ramener dans leur village. Dans une image à la fois chaleureuse et aride, le directeur de la photographie Valentin Vignet, (Visages, villages d’Agnès Varda et JR), navigue presque vers le documentaire, notamment pour filmer Nefta, ville pittoresque au sud de la Tunisie.

Nefta Football Club – nommé pour le prochain Oscar du meilleur court métrage – parle de l’enfance, son monde imaginaire où l’on rêve de choses incongrues (uriner dans le pays de son joueur préféré), où l’on ruse au jour le jour pour s’en sortir, mais où finalement on préfère le jeu à la dureté du réel. Le film – produit par Les Valseurs – évoque aussi son basculement probable vers le monde assombri des plus grands face à un événement tumultueux, comme dans Babel d’Alejandro González Iñarritu (2006), où deux jeunes garçons faisaient l’expérience fortuite du monde criminel. Sauf que le réalisateur nantais préfère s’attacher au décalage entre un petit thriller à hauteur d’enfant et un conte cocasse, où les stupéfiants seraient matière à comédie. Le montage alterné oscille entre les enfants et les dealers. Or on ne sait qui sont réellement les plus immatures : les querelles varient entre où se trouve la drogue, pour les uns, et quel joueur de foot serait le plus fort, pour les autres. Tous ces événements mènent vers une chute rocambolesque, humaniste, où le sport rapproche les corps et où l’innocence demeure intacte, les démarcations morales sauves.

William Le Personnic

Réalisation et scénario : Yves Piat. Image : Valentin Vignet. Montage : Jérôme Bréau.
Son : Sabri Thabet, Jérémie Halbert, Antoine Bertucci et Victor Vilette. Musique originale : Jérôme Rossi. 
Interprétation : Eltayef Dhaoui, Mohamed Ali Ayari, Lyes Salem et Hichem Mesbah. Production : Les Valseurs.

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