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Love, He Said J-55

Inès Sedan

  • 2018 , 6 minutes
  • Animation
  • Production : Lardux films
  • Interprétation :
    • Charles Bukowski
  • Spécial Animation
  • Courts d'aujourd'hui
  • Musique originale
  • Clermont-Ferrand 2020
  • Animation
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

1973 - San Francisco, Charles Bukowski, poète underground et punk avant l’heure, lit son poème “Love” devant une salle déchaînée venue pour assister au spectacle des provocations du poète trash...

// Biographie

Inès Sedan

Née en 1976 en Argentine, Inès Sedan étudie le cinéma à l’université nationale de la Plata (UNLP) et l’animation à l’Institut d’art cinématographique d’Avellaneda (IDAC) à Buenos Aires, dont elle sort diplômée en 1998.

Entre 1997 et 2003, elle réalise plusieurs films d’animation d’une durée très courte, avant de signer L’homme qui dort, coproduit par Sacrebleu Productions en 2009.

S’en suivent Moi en 2012, puis El canto en 2013 qui sera sélectionné au Festival du film d’animation d’Annecy.

Son dernier court métrage, Love He Said, rend hommage, sous forme de poème visuel, à l’écrivain Charles Bukowski. Le film a notamment été sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand au sein de la section Labo ainsi qu’au Festival d’Annecy en 2019.


// La critique

San Francisco, 1973. Charles Bukowski entame la lecture de son poème “Love” devant une salle comble. Fidèle à sa réputation d’homme grossier et provocant, il boit, rote et cherche la bagarre. La caméra portée ainsi que la texture vibrante de la peinture animée figurent l’ivresse du personnage, placé au centre d’une spirale vertigineuse. Le surgissement du titre à la manière d’un graffiti, en même temps qu’éclate une toux grasse, est volontairement punk. Performance filmée et poème visuel, Love He Said se veut pourtant l’exploration d’une facette méconnue de l’écrivain, qui apparaît ici particulièrement vulnérable.

De la tache de vin aux mots raturés, le motif de l’ordure témoigne de la piètre estime que le poète nourrit de lui-même (“Je me sens comme une vraie merde”, confie-t-il juste avant d’entrer sur scène). Tandis qu’il récite son texte, sur un homme “rejeté par une douzaine de femmes, trente-cinq éditeurs et une demi-douzaine d’agences d’embauches”, un immeuble semblable à un sexe en érection se relâche, s’ajoutant à la longue liste des échecs traversés par le personnage. L’alcool apparaît dès lors comme une fidèle compagne, capable de procurer du plaisir et d’effacer la solitude (“Make me forget”, implore le personnage à sa bouteille de vin). Objet de toutes les métamorphoses, la petite boule noire qui figure tour à tour une lettre, une chevelure ou un cœur humain, traduit ainsi le désespoir d’un homme en quête d’amour.

Je ne suis pas seulement une machine à boire des bières”, affirme l’écrivain, que le public ne prend pas vraiment au sérieux. À travers ses mots, il raconte également la difficulté à se conformer à un idéal masculin valorisant la force au détriment des sentiments. En coulisse, le visage baissé, il révèle ainsi l’envers du décor : “J’aimerais bien me faire passer pour un dur, mais je ne suis pas si dur”. Cette fragilité culmine à travers les pleurs du personnage ému par son propre poème, dont la dimension autobiographique ne fait alors plus aucun doute. Après avoir dévoilé ses failles, le poète propose finalement de revenir “à (ses) bonnes vieilles grosses conneries”, acclamé par la foule qui nie sa détresse et ne semble voir en lui qu’une vulgaire bête de foire.

Chloé Cavillier

Réalisation, scénario et animation : Inès Sedan. Montage : Michèle Le Guernevel. Son : Adam Wolny.
Musique originale : Julien Divisia. Voix : Charles Bukowski.
Production : Lardux films.