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Nos soirées
20/02/2020

“Déjà demain” : le Quartier latin après Clermont ou Berlin…

La séance “Déjà demain” du 2 mars prochain sera éclectique ! De l’animation, un huis clos, de la comédie et, en quatre films récents, une grande diversité…

Une forme, des mots qui se suivent sans lien apparent entre eux : Genius Loci d’Adrien Mérigeau s'annonce comme une œuvre abstraite. Dès le début, un intrus fait son apparition. Un enfant en bas âge qui va, malgré lui, être l’élément déclencheur de ce qui s’apparente à un bad trip. Effectivement, l’alerte avait été donnée dès le début à travers une phrase : “Je vais rester assise, attendre un peu. Ce qui ne sera pas le cas. Aussitôt, Reine, debout et face à une première responsabilité, se trouve déstabilisée, se laissant envahir peu à peu par les ténèbres. Et avec elles viennent les formes abstraites qui vont composer et décomposer l’ensemble du court métrage, jusqu’à créer un univers totalement anxiogène où se perd toute notion de lieu et de temps. Seules certaines personnes apparaissent et disparaissent lors des éclairs de lucidité de Reine, comme cette femme jouant une musique d’abord cacophonique et qui devient le phare de cette nuit tumultueuse vécue par l'héroïne. Malheureusement, aussitôt sa lucidité disparue, les formes reprennent le dessus et transforment ce qui l’entoure. Jusqu’à la changer, elle. Transformée en chien, véritable animal ou allégorie du retour à l’état primaire, Reine retrouve comme par “magie” (ou par instinct…) la maison de sa sœur, ramenant avec elle ses démons, que seul un amour véritable pourra apaiser.

Une chance unique (photo de bandeau) est un autre moment de vie où le protagoniste n’est au final rien d’autre qu’un élément dans le décor d’une histoire qui se déroulera sans lui. Cette “chance unique” n’est pas la sienne, du moins il ne la prendra pas, la vie défile devant lui sans qu’il ne décide véritablement d’en profiter. Son métier est peu passionnant pour lui, loin d’une vocation, et lorsque vient la question de savoir si cela lui plaît, son corps dit “non” de lui-même, même si sa bouche dit “oui”… Le réalisateur, Joël Curtz, donne à voir un moment dans la vie de cet homme qui, pour une fois, touche du bout des doigts une vie qu’il n’a jamais connue et qu’il regrettera toujours. Spectateur se complaisant dans une existence réduite au minimum, où la chance de sortir de l’ordinaire est tuée par l'habitude, il rêve de choses qu’il considère sûrement ne pas lui être destinées.

 

 

 

 

 

 

 


Certains films méritent de garder une part de mystère pour être appréciés, et c’est le cas de Mal caduc, de Jules Follet (photo ci-dessus). En pleine période des guerres napoléoniennes se rencontrent dans un hôpital un sergent, prêt à retourner à la guerre, et un jeune soldat, qui n’y a pas encore mis les pieds. Ils sont tous deux bretons et Jules Follet joue sur cette langue régionale, éloignée du français, pour instaurer une situation de tension où seul le gradé est en capacité de comprendre et traduire les propos du soldat. Un médecin fait alors passer une batterie de tests et de questions à ce jeune homme soupçonné de simuler le “mal caduc”, à savoir l'épilepsie…

Absurde, Raout Pacha, qui fermera la projection, l’est pour sûr ! Jouant avec ce registre précis de la comédie, le film appuie ses ressorts comiques sur l’incongru, ce qui fonctionne dans la veine d'un Quentin Dupieux. Aurélie Reinhorn raconte ainsi une histoire déconstruite, décousue, aux multiples péripéties et protagonistes se rencontrant sans influer sur l’histoire d’autrui. Deux hommes constituent et établissent la trame principale, qu'une relation d’amitié, presque d’amants, lie entre eux. Sans eux, cette histoire n’aurait pas de sens, leurs tâches n’ayant que peu d’intérêt ; ils viennent seulement, de par leur imagination – à la limite de l’immaturité –, insuffler un but à toutes ces actions et donner vie à un récit peu conventionnel.

Axel Vaussourd

À voir :

- Comment faire pour de Jules Follet, disponible sur Brefcinema actuellement.

À lire aussi :

- Genius Loci d'Adrien Mérigeau, sélectionné en compétition au Festival de Berlin.

- Raout pacha d'Aurélie Reinhorn, doublement récompensé au Festival de Clermont-Ferrand 2020.
 

Le lundi 2 mars 2020 à 20h au MK2 Odéon, côté saint-Michel, en présence d’Adrien Mérigeau, Jules Follet et Aurélie Reinhorn.