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11/06/2020

Pascale Faure quitte Canal+

Un coup de tonnerre a résonné dans le ciel du court métrage avec la récente annonce du départ de Pascale Faure, responsable “historique” de l'unité Courts et créations de Canal+. La profession s'en est émue et la suite apparaît bien floue quant à la présence du format sur la chaîne cryptée, comme sur sa politique de soutien…

Si l’on avait de façon régulière dressé pour le court métrage, comme c’est le cas parfois pour le cinéma français en général, la liste des personnalités les plus influentes, Pascale Faure y aurait figuré en bonne place à chaque fois. Pas de doute, celle qui dirigea pendant trois décennies les Programmes “Courts et Créations” de Canal+ était au centre du paysage, ayant initié tant de projets qu’on aurait même peine à commencer à en recenser ici les plus marquants. Parmi les derniers titres accompagnés, Dustin de Naïla Guiguet appartient à la sélection labellisée de la Semaine de la critique 2020 et le nouveau film d’Alberto Vazquez, Homeless Home, est à “Annecy on line”, tout comme Filles bleues, peur blanche, film d’animation de Marie Jacotey et Lola Halifa-Legrand.

Nombre de sociétés de productions ont même pu carrément mettre le pied à l’étrier grâce à cette politique d’engagement de soutien et les annuelles “Collections” lancées au tournant des années 2000 ont elles aussi grandement participé à dynamiser la production dans son ensemble. Il semble assez bizarre d’employer le passé composé ou l’imparfait, mais c’est ainsi : Pascale Faure a pris la décision de quitter la chaîne, après y avoir posé sa profonde empreinte, avec toute son équipe, Brigitte Pardo en tête (elle-même partie il y a quelques mois). La profession ne s’y est pas trompée, accueillant ce départ comme une secousse tellurique.

Le Festival de Clermont-Ferrand a été prompt à réagir, en publiant un communiqué spécifique et immédiat : Canal+ est un partenaire historique de la manifestation et Pascale Faure davantage encore qu’une “compagne” de route, ainsi que l’hôte de la fête traditionnellement la plus prisée de la semaine auvergnate ! Ainsi le texte émanant de Sauve qui peut le court (à retrouver ici) débute-t-il ainsi : “Ce n’est pas une péripétie dans un parcours professionnel, c’est un coup de tonnerre dans le ciel du court métrage, et, partant, dans celui du cinéma tout court : nous sommes sous le choc.”

Une formule qui résume le sentiment général, avec la soudaine perspective de l’arrêt du magazine Top of the Shorts, qui avait succédé à Mickrociné depuis quelques années. Ce sera pour le 5 juillet prochain, déjà, avec un seul court métrage au titre prémonitoire, La finale, signé d’un réalisateur qui, entre mille autres, doit lui aussi beaucoup à la politique “maison” : Stéphan Castang.

De fait, entre les achats et préachats, collections et dotations de multiples festivals, Canal+ était incontournable (rappelons le chiffre du dernier rapport du CNC sur le court métrage concernant les investissements de la chaîne : 1 141 K € sur 2018). Toute la filière est – de façon légitime – inquiète de la nouvelle donne promise par cette rupture et le Regroupement des Organisations du Court (ROC) l’a exprimé à son tour sans tarder par le biais d'une tribune (à lire intégralement ici). Espérant “mener une coopération constructive auprès de la nouvelle équipe”, le collectif s’interroge : “Après plusieurs mois d’incertitude, nous attendons aujourd’hui des réponses.”

Il est évident que celles-ci doivent arriver le plus vite possible et la Société des réalisateurs de films (SRF) en a récemment et très naturellement émis le souhait (communiqué à retrouver ici), tout comme le Syndicat des producteurs indépendants, inquiet de la tournure des événements depuis le début de cette année (voir le communiqué du 4 juin sur le site du SPI). Reste que l’heure est aussi à saluer comme il se doit le travail colossal – et crucial – mené par Pascale Faure durant son long mandat, en lui adressant aussi et avant tout tous nos meilleurs vœux de réussite pour ses futurs projets, qui prendront d'abord la forme d'un cabinet de conseil destiné à détecter les nouveaux talents et accompagner des projets de formats longs ou courts… L’aboutissement d’une expertise unique, bâtie au fil de ces “années Canal” qui resteront fondamentales pour le court métrage français, sa santé et sa diversité, qu’il convient absolument de préserver et de perpétuer. 

Christophe Chauville

À lire aussi :

- Le Festival d'Annecy 2020 entièrement “on line”.

- Les courts à la télé en juin.