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09/06/2020

Anaïs Demoustier vue par… ceux qui l'ont filmée !

En complément au focus consacré sur Brefcinema à Anaïs Demoustier, lauréate du César 2020 de la meilleure actrice, nous avons demandé aux réalisateurs des films concernés de nous confier deux ou trois choses qu'ils savent d'elle…

Stéphane Demoustier

Stéphane Demoustier a dirigé Anaïs Demoustier dans ses courts métrages Dans la jungle des villes (2009, coréalisé avec Denis Eyriey) et Des nœuds dans la tête (2010), puis plus récemment dans le long métrage La fille au bracelet (2020, photo de bandeau).

Des nœuds dans la tête raconte la relation d’un frère et d’une sœur. Le garçon est si intrusif qu’il en devient toxique pour sa sœur. Ça m’intéressait bien sûr de faire ce film avec Anaïs à la fois parce qu’elle est une grande actrice et parce qu’elle est ma sœur. Car j’avais écrit en pensant à elle, en extrapolant la relation qui était la nôtre. J’ai 10 ans d’écart avec Anaïs. Plus les années passent et moins cette différence d’âge prévaut. Mais pendant longtemps, mon statut d’aîné agissait dans notre relation. Même si Anaïs a travaillé bien avant moi et qu’elle était déjà une actrice reconnue quand j’étais encore dans une approximation professionnelle persistante, je restais le grand frère aux yeux de ma petite sœur. Nous étions déjà proches et je dois concéder que j’étais probablement envahissant. Il suffisait de forcer le trait pour que la fiction s’enclenche. Avec le recul, je regrette d’ailleurs que Des nœuds dans la tête ne soit pas allé plus loin dans le caractère déviant de cette relation. Il y a là quelque chose d’inachevé. L’innocence d’Anaïs ou du moins son apparente candeur se prêtait parfaitement à cette histoire. J’avais fait de Bruno Clairefond mon alter ego – je l’avais découvert dans un court métrage : La main sur la gueule d’Arthur Harari.

Je me souviens que tout avait été très simple avec Anaïs sur ce tournage en Corse. Pendant longtemps (j’ai tourné deux courts métrages avec Anaïs, mes deux premiers films), j’ai cru que tout était simple avec elle parce que nous étions frère et sœur. C’est récemment, en tournant La fille au braceletqui est sorti en début d’année, que j’ai compris que ce qui rendait surtout les choses simples, c’était d’avoir avec soi une immense actrice. Anaïs offre ce mélange d’instinct et de précision qu’ont les plus grands acteurs. Elle a l’intelligence du jeu, mais elle n’est jamais cérébrale. Et si ses intuitions sont souvent justes, Anaïs n’en demeure pas moins totalement malléable. Elle est capable d’intégrer immédiatement des nouvelles directions de jeu. Ma petite expérience me permet de dire qu’il est rare de trouver des acteurs qui offrent cette disponibilité. Elle réussit à être au présent de chaque scène, de chaque prise. C’est ce qui lui permet de ne jamais être mécanique. C’est bien sûr un talent ou un art et j’ignore le secret qui permet d’accéder à cette altitude de jeu, à cette vérité. Je sais en revanche qu’un des moteurs d’Anaïs réside dans le plaisir du jeu qu’elle éprouve. Ce plaisir est communicatif et je pense qu’il participe au fait qu’Anaïs a une présence galvanisante sur un plateau. À la fois pour les autres acteurs mais aussi pour le metteur en scène et les techniciens. Anaïs draine une énergie joyeuse. Je l’ai toujours connue ainsi, depuis qu’elle est toute petite. Enfant, elle jouait, toujours et en toutes circonstances. Elle imitait en permanence. Un professeur, un chanteur, un passant ou un parent... Elle était le jeu. C’est cette pente qu’elle continue de cultiver.  

Et plus elle joue, plus elle est elle-même.

Charline Bourgeois-Tacquet

Charline Bourgeois-Tacquet a fait tourner Anaïs Demoustier une première fois dans Pauline asservie (2018, photo ci-dessus) et s’apprête à collaborer à nouveau avec elle pour son premier long métrage, qui sera également interprété par Denis Podalydès et Valeria Bruni Tedeschi. Il devrait s’intituler… Les amours d’Anaïs !

Anaïs, c’est une des rencontres les plus importantes de ma vie. On a fait connaissance il y a trois ans : elle avait lu le scénario de Pauline asservie, on s’est retrouvées dans un café, j’étais assez intimidée. Elle m’a dit qu’elle adorait le projet, qu’elle acceptait le rôle… Moi qui admirais tellement son travail, je n’en revenais pas. On a parlé pendant une heure, on a ri, quelque chose circulait entre nous de manière évidente. Ensuite, il y a eu le tournage, et ça a été fabuleux. J’ai été constamment éblouie par son intelligence, sa sensibilité, sa précision, sa subtilité, son sens de la nuance, et aussi par son impressionnant sens du rythme – très important pour la comédie.

Cette collaboration a été si joyeuse et si exaltante qu’on a eu envie de recommencer. J’avais déjà mon projet de long métrage, mais j’ai beaucoup réécrit le scénario pour Anaïs, et pour faire en sorte que le personnage du long ressemble davantage à la Pauline du court. Je crois que nous avons toutes les deux, Anaïs et moi, le sentiment d’avoir trouvé une alter ego de cinéma. Le mot qui me vient toujours à l’esprit quand je pense à notre rencontre et à notre relation de travail, c’est le mot chance

Chad Chenouga

Chad Chenouga a travaillé avec Anaïs Demoustier sur le court métrage Zcuse-nous en 2008 (photo ci-dessus).

Anaïs est une actrice géniale, subtile et investie.
Quand elle joue, elle essaye, propose, ne se pose pas trop de questions. Elle est là, simplement là.
Bien sûr, depuis, elle a fait son chemin, avancé dans son parcours d'actrice... Un beau parcours...
Mais à l'époque elle avait déjà son tempérament bien à elle.
Je me souviens d'une petite séance d'essais face à trois gars. Pas un seul moment elle ne s'est démontée.
Elle leur est rentrée dedans, sans détour. C'était juste et jubilatoire.
Anaïs, c'est simple : tu appuies sur un bouton et elle démarre au quart de tour.
Idem pour le tournage. Il s’agissait d'un film court, avec un rôle qui ne lui offrait qu’une palette de jeu limitée. Mais je m’étais quand même dit : “Wouah, elle est juste, simple, présente...”
Qui vivra verra, mais j’espère bien un jour lui proposer un beau rôle à la mesure de son talent.

Propos recueillis (par mail) par Christophe Chauville

Photo de bandeau : La fille au bracelet de Stéphane Demoustier (© Matthieu Ponchel pour Petit Film/FraKas productions/France 3 cinéma)


À voir aussi :

- Pauline de Céline Sciamma, un autre film du focus consacré à Anaïs Demoustier.

- Bad Gones, un autre court métrage de Stéphane Demoustier, actuellement sur Brefcinema.

À lire aussi :

- Rue bleue, court métrage de Chad Chenouga : la critique.

- Après la cérémonie des César 2020.