Revenir aux actus
News
17/04/2019

1969-2019 : le Grec a 50 ans !

En parallèle de la carte blanche donnée au Grec dans “Bref” 124 à l'occasion de son 50e anniversaire, la mise en ligne de plusieurs de ses productions s'effectuera au long de l'année sur Brefcinéma. Nous avons, pour en savoir plus, rencontré Anne Luthaud, sa Déléguée générale.

Créé par Jean Rouch, Anatole Dauman et Pierre Braunberger, le Groupe de recherches et d'essais cinématographiques fêtera tout au long de cette année son cinquantième anniversaire.

L'occasion de remettre à l'honneur de très nombreux noms de cinéastes qui y ont fait leurs premiers pas – voir à ce sujet la carte blanche parue dans Bref 124 – et de mesurer à quel point la structure joue un rôle important dans le renouvellement des générations. De fait, avec chaque année 25 films courts produits (ou plus), 800 candidatures étudiées par des professionnels, 80 auteurs-réalisateurs accompagnés et 45 autres présents dans ses ateliers et résidences, l'activité est très dense du côté de la rue Alexandre-Parodi, comme nous l'a confirmé Anne Luthaud, tandis que plusieurs productions “maison” seront régulièrement proposées en ligne sur notre site dans les mois à venir, à commencer par Cadavre exquis de Léa Mysius, à partir du 17 avril.
 

De quelle façon et dans quel esprit allez-vous célébrer cet important et bel anniversaire ?

Le Grec, qui est soutenu depuis ses débuts par le CNC, existe depuis 50 ans et nous avions avant tout à cœur de ne pas seulement nous situer du côté du patrimoine, même si de nombreux réalisateurs ayant continué à faire des films y sont passés. Beaucoup en ont d'ailleurs été marqués dans leur parcours, parmi des personnalités aussi différentes que Christian Boltanski, Catherine Corsini, Djamel Bensalah, Alain Guiraudie, les frères Larrieu, Claire Simon, Thomas Lilti, Katell Quillévéré et, plus récemment, Léa Mysius, Clément Cogitore ou encore Caroline Poggi et Jonathan Vinel. Mais surtout, ce lieu est toujours vivant et on continue à y produire des films – entre 25 et 30 courts métrages par an. Il nous apparaissait ainsi essentiel d’envisager cet anniversaire du point de vue d’aujourd’hui, en 2019, et en remontant dans le temps. Nous proposons donc tout au long de cette année une série de projections, le Grec étant aussi une structure dédiée à la diffusion, avec toujours l’idée très présente de l’accompagnement, tout au long de la fabrication, depuis le scénario jusqu'à la diffusion.

Beaucoup de cartes blanches nous ont ainsi été données dans des festivals, dès la fin d’année 2018 à Aix-en-Provence, puis à Clermont-Ferrand en février dernier et cela va continuer prochainement à travers d’autres manifestations, comme Côté court à Pantin en juin, mais aussi dans des salles partenaires comme, à Paris, le Nouvel Odéon ou la Cinémathèque française. Certains événements sont prévus à l’étranger, au Torino Film Market, au Brésil et même en Chine, à Pékin. Avec toujours cette idée de mêler, dans nos programmations, des œuvres récemment produites – donc des auteurs encore inconnus – ou un peu plus anciennes. Ce n’est pas toujours simple, notre catalogue comptant environ 1 200 titres aujourd’hui, dont 800 sont toujours visibles et diffusables.
 
Pouvez-vous décrire plus précisément quelques-uns des temps forts de ce cinquantenaire ?

En plus du travail de diffusion spécifique, nous produirons trois courts métrages de plus cette année, grâce à France 2, qui est entrée en préachat, pour Histoires courtes, sur des commandes passées à de jeunes réalisateurs ou réalisatrices passé(e)s par le Grec, autour de trois dates : 1969, 2019 et 2069. L’objectif est que ces films soient prêts pour la fin novembre, afin de clore cette année de célébration.

Autres temps forts, une soirée festive au CNC et une Nuit au Cinéma Le Louxor, à Paris, le 8 juin, en lien avec Côté court, comprenant beaucoup de rencontres avec les réalisateurs de plusieurs générations et qui nous donnera la possibilité de montrer plus de films que dans les autres cartes blanches.

Et puis, un volet de diffusion en ligne concernera à la fois Mubi, Tënk, MMédia (avec 50 films mis en ligne pour les 50 ans) et Brefcinéma, où des films du Grec seront proposés dans le cadre des programmations régulières ou au sein de corners dédiés. Notre souhait est toujours que les films soient vus le plus possible, que ce soit dans les festivals, en salles ou sur le Web...

Que reste-t-il aujourd'hui, selon vous, de l’époque “pionnière” des débuts ?

Quand Rouch, Braunberger et Dauman ont créé ce lieu, l'idée était vraiment de permettre à qui le souhaitait d’avoir toute la liberté de faire un premier film, d’essayer... Et c'est toujours le cas. Le Grec est un lieu ni à part, ni élitiste, mais où l’on peut débuter, sans aucune contrainte commerciale. Cela permet de raconter une histoire, expérimenter une forme pour la première fois et de la manière dont on le désire, par le biais de la fiction, du documentaire, de l'essai ou de l'expérimental.

Une autre chose à laquelle nous tenons beaucoup, par rapport à ce qu’est cet endroit, est l’idée de la transmission : les collèges et les différentes commissions sont construits en ce sens, avec des membres ayant eux-mêmes été aidés lors de leurs premiers pas. Il y a donc à chaque fois des paroles diverses, qui se complètent et se rejoignent sur des points de vue de cinéma. Nous veillons toujours à diversifier les profils et les sensibilités, avec ce souci constant d’exigence qui continue de caractériser le Grec.

L’idée de tenter tout en prenant le risque de “rater” est-elle plus délicate à défendre et légitimer aujourd’hui ?

Oui, je trouve que c’est de plus en plus compliqué, mais c’est à préserver – et c’est d’ailleurs sans doute l’une des raisons pour lesquelles le CNC continue d’aider le Grec en sa qualité de “laboratoire”. Mais il y a dans le même temps aujourd’hui une certaine attente de « résultats » pour les films. “Résultats” qui permettraient aux réalisateurs de pouvoir faire le suivant… Il y aussi la tentation du mécénat, évidemment compliqué pour un lieu comme le Grec, à la fois “visible” et “invisible”. L’alternative me semble être la multiplication de partenariats, qui offrent des solutions économiques tout en permettant des ouvertures. C’est le cas quand on propose une Résidence de six mois avec le Musée de l’histoire de l’immigration (et l’octroi d’une bourse de résidence ainsi que la production d’un film) ou une mini-série avec la Cinémathèque et le festival de Grenoble et un préachat de France 2 . Une façon aussi d’accueillir au Grec d’autres réalisateurs, d’autres envies… 

Il y a aussi la collection avec le CNAP avec laquelle on accède à une frange de créateurs entre plasticiens et réalisateurs. Notre volonté est de rendre plus visible cette transdisciplinarité qui a toujours existé au Grec. Et tenir compte également de la façon de faire des films aujourd’hui, qui a beaucoup changé avec les moyens du numérique. Certains se trouvent bloqués en fin de tournage, certains ne souhaitent pas écrire ou moins écrire, d’où la création du dispositif Grec Rush, dont nous mesurons l’importance croissante, avec toujours plus de projets – de qualité – déposés chaque année. Et beaucoup s’exercent ainsi en réfléchissant en termes de cinéma.

La notion de première réalisation a évolué elle aussi, avez-vous dû par conséquent assouplir vos critères ?

C’était en effet plus clair, plus simple à la création du Grec, avec la pellicule. La règle que nous nous attachons à conserver pour le moment est d’accepter des projets de premiers films hors autoproductions ou films d’école. Cela permet à de jeunes gens de venir s’essayer à faire un film dans des conditions professionnelles. On le voit bien avec certains qui ont fait deux, trois ou même davantage de films autoproduits, parfois même présentés dans des festivals, mais qui sont heureux de ce qu’ils acquièrent ici en termes de professionnalisation, à la fois avec les techniciens, l’apprentissage d’un devis, le dialogue avec les prestataires, l’accompagnement de professionnels : un vrai savoir-faire leur est donné. C’est un lieu “entre deux”, entre l’école et la société de production, sans que nous soyons l’un ou l’autre !

Comment voyez-vous l’évolution de la structure dans les années qui viennent, sans aller évidemment jusqu’à la date de 2069, un peu trop éloignée ?

Il est toujours délicat d’anticiper, mais ma volonté est d’être toujours à l’écoute, tout en essayant de ne pas aller trop vite ou dans tous les sens, asseoir les partenariats et en développer de nouveaux, en continuant de produire et de montrer les films. J’ai le sentiment que le moment est surtout à la consolidation de nos initiatives les plus récentes, comme Grec Rush ou les Résidences, très importantes à une période de paupérisation des jeunes auteurs ou techniciens. Ainsi des montages attendent parfois plusieurs semaines, faute de disponibilité des techniciens ou des réalisateurs, obligés de gagner leur vie. Les bourses sont donc un moyen possible de remédier à cet état de fait.

Nous réfléchissons aussi à ce que voudrait dire ouvrir le Grec au format de la série, qui attire beaucoup de jeunes gens d’aujourd’hui. Pourquoi ne pas le développer, en dehors de tout effet de mode, mais plutôt en éveil à ce qui se fait et aux attentes émises par ceux qui ont aujourd’hui envie de faire des images. Sans pour autant oublier les fondements du Grec : un lieu dédié aux premières expériences de cinéma…

Propos recueillis par Christophe Chauville

 

Photo de bandeau : Blinis ! de Diane Weber-Seban (2017).