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En salles
25/06/2019

“Yves”, la nouvelle folie de Benoit Forgeard

Présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs, le nouveau long métrage du difficilement classable Benoit Forgeard sort en salles cette semaine. Avec, donc, pour personnage principal un frigo connecté au seyant prénom éponyme…

Yves est le deuxième “vrai” long de Forgeard, après Gaz de France, présenté à Cannes en 2015 et distribué au début de l’année suivante, même si Réussir sa vie avait en 2012 compilé trois des courts métrages de ce Zébulon du cinéma français : La course nueBelle-Île-en-Mer et L’antivirus. Des interludes spéciaux avaient d’ailleurs été filmés pour lier le tout, mais il apparaît tout de même plutôt comme un programme de courts… 

Avec Forgeard, c’est une œuvre à la fois frappadingue et très cohérente qui se profile, et les ponts sont multiples entre Yves et d’autres films plus anciens, sur des formats de court ou de moyen métrage. Des motifs d’intelligences artificielles reviennent, de L’antivirus (“joué” par le réalisateur lui-même) à Yves, où le “fribot” qui trône dans le salon de Jérem est après tout moins farfelu que le Flippy de Respect, sacrément mal léché et mal embouché ! La course à la célébrité, dans le plus simple appareil ou pas, traverse aussi plusieurs de ces fictions caustiques, comptant aussi Coloscopia et sa star de cinéma de charme Jackie Larose…

Et puis, une histoire d’amour peut toujours naître (ou finir) entre une femme et un appareil électro-ménager ou un jeune homme et une mascotte en mousse… Évidemment, une famille s’est constituée autour de ce feuilletonesque projet comico-satirique, où revient l’inimitable Darius (avec son phrasé unique), la polyvalente Anne Steffens (elle était dans le costume de Flippy après avoir été tentée par le streakingdans La course nue) ou, évidemment, Philippe Katerine, humanoïde devenant président de la République, puis un manager de rap pas franchement perspicace.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si, en toute franchise, Gaz de France toussotait quelque peu au niveau de l’écriture, la lacune a été comblée avec Yves, diablement efficace dans sa narration et qui ménage quelques moments de bravoure hilarants (voir ce concours de l’Eurovision nouvelle mouture). L’absurde est toujours une arme redoutable pour parler de son époque, voilà qui peut paraître bien banal à énoncer, mais Forgeard s’installe ainsi solidement comme un indispensable trublion nous le rappelant, en investissant crânement des domaines a priori aussi éloignés de son champ de vision que la comédie romantique. Et comme on sait qu’il n’a pas fini de surprendre, c’est aussi ce qui est délectable…

Christophe Chauville

Filmographie courts métrages de Benoit Forgeard

Stève André (2002, 45 minutes)
Laïkapark (2003, 11 minutes)
La course nue (2006, 20 minutes)
Belle-Île-en-Mer (2007, 43 minutes)
L'antivirus (2009, 30 minutes)
Le grand manteau (2009, 11 minutes, sous le pseudonyme de Michel Moisan, en coréalisation avec Emmanuel Lautréamont)
Respect (2010, 13 minutes)
Coloscopia (2010, 13 minutes)
Fuck U.K. (2012, 13 minutes)