Revenir aux actus
En salles
10/04/2019

Un moyen métrage intime et personnel signé Rodolphe Viémont

“Pour Ernestine”, un essai documentaire de 52 minutes de Rodolphe Viémont, est visible au cinéma cette semaine. Son réalisateur, qui avait déjà interrogé le fait d'être bipolaire ainsi diagnostiqué dans “Humeur liquide” en 2016, poursuit sur le registre de l'auto-fiction.

Rodolphe Viémont livre, dans un élan de sincérité absolue, un documentaire – ou, à plus juste titre, une réflexion documentée – dédié à sa fille Ernestine. Le film suit les étapes du bouleversement initié par cette naissance tant désirée et du cheminement spirituel qui en découle, à travers le spectre de sa bipolarité.

Avec la volonté de fouiller intimement les tréfonds de ses ressentis, il soulève la dualité qu’il a toujours entretenue avec le désir de création. En effet, le film ne tarde pas à s’ouvrir avec une citation d’Antonin Artaud : “Nul n’a jamais écrit, peint, sculpté, modelé, construit, inventé que pour sortir de l’enfer”. La liaison qu’il avait jusqu’alors tissée entre sa maladie et son art prenait racine dans la douleur et la folie, jugées indispensables à sa puissance créatrice. Mais pourquoi créer devrait-il rimer avec souffrir ?

En quête de stabiliser sa bipolarité sans altérer son imaginaire, Viémont alterne entre plusieurs phases sans jamais trouver satisfaction : le sevrage, la dépression, la manie et hypomanie, variant au rythme des allées et venues de l'énergie qui l'habite et qui le quitte. Le film éclaire, grâce à ce point de vue interne, les subtilités et les différentes déclinaisons de la maladie. La complexité réside au sein de ces deux penchants, tous deux fertiles à la créativité : le fatras d’idées qui s’imposent, et la douleur, mêlée au pénible sentiment d’être éteint. 

Depuis toujours, l'auteur du film crée par rage, en violent esprit de vengeance contre des “bourreaux” qu’il regroupe sous forme d’une entité floue. La folie fascine dès lors qu'elle est associée à l’art, nous explique-t-il en illustrant ses propos par ceux de Gilles Deleuze, dans un extrait de L’acte de création : “le créateur n’est pas un être qui travaille pour le plaisir, un créateur ne fait que ce dont il a absolument besoin”. Mais, sans colère, a-t-on encore quelque chose à dire ? Si le grand art n’était qu’urgence, absolue nécessité ? 

L'association des images et d'un texte maîtrisé, déclamé par Robinson Stévenin, ouvre la voie au spectateur qui peut toucher des yeux l'état de Rodolphe Viémont. Il use de superpositions d'images d'archives qui subliment ses propos et transmettent un symbolisme émotionnel – quand il associe des images de son bébé avec des images de bâtiments en pleine destruction, pour ne citer qu’un exemple. Aussi, sont convoquées des images d’artistes – tableaux de Van Gogh, d'Edvard Munch, Pollock ou encore Kurt Cobain – qui donnent à entendre d’autres voix sur ces relations entre création, folie et souffrance. 

En tant que spectateur, l’intimité du protagoniste ainsi dévoilée se place comme la confidence d’un ami, telle une proposition à rester à ses côtés pour l’accompagner dans sa tentative quotidienne de conjuguer paternité et création artistique. Cette narration s’est construite sur des notes prises depuis la naissance d'Ernestine. Elle recrée la perte des repères intellectuels et artistiques que l'artiste a connue, la peur de ne pas savoir créer autre chose que de la douleur et d’en devenir stérile. L'histoire décrit aussi l’amour qui inonde sans prévenir : sa fille qui lui permet de briser le schéma, de rebâtir. En la mêlant à son cinéma, il réussit à dissocier art et souffrance. La tendance s'inverse en puisant ses racines dans l’amour – pour sa fille, et de sa fille – qui le sortira de cette logique destructrice, l'aidant à devenir adulte et père. En effet, se construire peut être une œuvre à part entière, en prenant ce lien d'amour comme nouveau moteur d'émerveillement. Et si ce qui comptait dans la vie n’était pas l’issue, mais le combat ?

Léa Drevon

Une déclaration d'amour, un exemple de courage, un hymne à la vie.” (France 3)

Scénario, réalisation, image et son : Rodolphe Viémont. Images additionnelles : Tomas Smith et Laurence Viémont. Montage : Lisa Pfeiffer. Mixage : François Loubeyre et Cédric Perverie. Enregistrement voix-off : François Loubeyre. Direction artistique de la voix-off : Laura Koffler. Étalonnage : David Kleinman. Titrage : Frédérique Leroy, Savia Lasri.

Avec la participation de France 3 Pays de la Loire, les soutiens de la Région Île-de-France, du CNC (aide au développement), de Proarti et de la PROCIREP.

Pour Ernestine est visible à Paris à L'Archipel et au Studio Galande-Béruchet.