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En salles
02/02/2019

Un cœur sous le muscle : “Pearl”

Une histoire de maternité refoulée dans le milieu du body-building féminin, tel est le cap, crânement tenu, par le premier long métrage d'Elsa Amiel, à voir au cinéma cette semaine.

Léa Pearl a un physique impressionnant, c'est évidemment la première chose qui vient à l'esprit en découvrant le personnage principal du premier long métrage d'Elsa Amiel, présenté à la Mostra de Venise, dans le cadre des “Giornate degli autori”, à l'automne 2018.

Participant à des concours de body-building, elle aspire au titre de Miss Heaven, flanquée de son manager Al, qui entend pour sa part revenir sur le devant de la scène grâce à cette protégée volontaire. On n'est pas obligé de s'intéresser à ce domaine si particulier, d'où un certain dégoût peut même naturellement naître devant ces corps déformés et ces muscles exagérément gonflé, où on devine la généralisation d'un dopage permanent mettant même en danger la santé des compétitrices, la gestion des débordements d'hormones aboutissant à des pratiques parfois lugubres... Mais l'un des grands défis que relève Elsa Amiel est de parvenir à nous faire dépasser nos propres réserves pour dessiner un portrait touchant, celui d'une mère, comme on le découvre vite. La compétition est en effet imminente lorsque débarquent, au grand dam d'Al, l'ex-époux de Léa, Ben, et leur enfant, Joseph, qu'elle n'a pas vus depuis quatre ans. Ce qui se joue alors pour Léa est dévastateur, entre son rêve sportif et sa fibre maternelle jusque-là complètement éludée, évacuée, et qui n'est pas à l'abri de se réveiller, quoique puisse penser et en dire son irrascible manager.

Pearl s'appuie d'abord sur son casting, qui réunit notamment – ce qui est logique – une véritable culturiste faisant ses débuts à l'écran, Julia Föry, le revenant loachien Peter Mullan et l'excellent Arieh Worthalter (le père de l'ado de Girl), en plus d'un étonnant petit garçon, Vidal Arzoni. Assez inattendu, ce premier long est à l'image du parcours de sa réalisatrice, première ou seconde assistante pour Emmanuel Finkiel, Bertrand Bonello, Noémie Lvosky, Mathieu Amalric, etc. On l'avait vue aussi comme actrice dans l'un des rôles principaux du très beau Nulle part, terre promise, de Finkiel, en 2009, et elle était passée à la réalisation elle-même avec Faccia d'angelo (2007), un court métrage en noir et blanc très stylisé se concentrant alors non pas sur le body-building et ses pratiquant(e)s, mais sur des figures liées à la boxe. L'oubli et la dernière chance étaient alors déjà mis en relief, entre souvenirs brouillés et fantasmes entraînant vers une possible folie.

Fort différent dans la forme fut ensuite Ailleurs seulement (2011), qui suivait, en couleur cette fois, un couple d'âge mûr en voyage à Budapest, où la femme s'apprêtait à subir une intervention dentaire – on sait que c'est une spécialité locale – et ce prétexte servait de révélateur à cet amour installé dans la routine, forcément, et mis à nu et à vif lors de ce séjour à l'étranger, dans l'écrin apparent d'une cité toujours “mythologique”. Deux acteurs très rares, Christophe Odent et Bérengère Bonvoisin – ah, cette voix... – annonçaient le travail d'orfèvre effectué par Amiel avec ses comédiens, voir le minéral Peter Mullan et son accent écossais, toujours aussi rocailleux, dans Pearl

Signalons pour finir que Faccia d'angelo sera à découvrir ou revoir au sein de notre prochaine séance Premiers pas, à la Cinémathèque française, le lundi 18 février prochain, à partir de 19h.

Christophe Chauville