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En salles
28/06/2019

Regarde les hommes tomber : “Beau joueur”, de Delphine Gleize

Cette semaine de sorties comprend le nouveau long métrage de Delphine Gleize, un documentaire où elle suit les rugbymen du club de Bayonne au long d'une saison cauchemardesque pour eux.

Avec Beau joueur, sorti en amont en Région Nouvelle-Aquitaine (depuis le 5 juin), Delphine Gleize revient au format du long métrage documentaire, neuf ans après Cavaliers seuls, qu’elle avait alors coréalisé en binôme avec Jean Rochefort. Le film s’enracinait dans le milieu du cheval, bien entendu, mais s’intéressait d’abord à l’humain et son rapport à sa discipline, un sillon que ce nouvel opus vient aujourd’hui creuser.

Cette fois, il s’agit de rugby, une passion réelle de la réalisatrice, qui a fait le choix de ne jamais montrer le jeu directement, en tout cas aucun passage de matches du Top 14, tandis qu’elle suit les joueurs de l’Aviron bayonnais, au cours d’une saison 2016-2017 apocalyptique pour le club, alors tout juste promu et qui enchaînait les défaites, sinon les roustes, chaque week-end. La caméra s’invite dans le vestiaire et dans l’intimité même des joueurs, pendant les sessions d’entraînement, les causeries d’un coach de plus en plus dépité ou des plages de vacance, comme des temps suspendus, où il est logique de gamberger alors que tout part en vrille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Delphine Gleize filme les corps – costauds, massifs, gracieux aussi – et les visages, sévèrement abîmés du dehors comme à l’intérieur. On se retrouve embarqués dans une sorte d’anti-Yeux dans les Bleus, ce bleus-là étant surtout le résultat de tous ces combats perdus et ces déculottées décourageantes. Mais le respect absolu des sujets filmés et la tendresse constante du regard donne de la noblesse à cette aventure humaine tournant pourtant au fiasco sportif.

L’écho est troublant avec Les méduses, ce court métrage qui date de vingt ans, juste après la double révélation de la pensionnaire de la Fémis, grâce à l’enchaînement des succès de Sale battars et Un château en Espagne, et qui a été récemment mis en ligne sur Brefcinema : un groupe qui vit ensemble, l’espace d’un trajet en car ; une panne qui empêche d’arriver à bon port et ce motif final d’une mêlée, littéralement, où s’empilent les corps, dans une quiétude que les rugbymen bayonnais auraient aimé connaître eux aussi, histoire de souffler et de goûter à une parenthèse de réconfort au milieu d’un maelström de tensions et d’humiliations à encaisser.

Christophe Chauville


Filmographie courts métrages de Delphine Gleize

Sale battars (1998, 24 minutes)
Un château en Espagne (1999, 27 minutes)
Le bégonia pilé, Le bœuf et la baleine, Les éponges amoureusesLe légume en question et Le piranha andalou (Talents Adami Cannes 1999, 3 à 5 minutes)
Les méduses (2000, 17 minutes)

 

 

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