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En salles
23/01/2019

“Moskvitch, mon amour” : le rêve de la voiture rouge

L'une des sorties les plus modestes de la semaine en terme de salles n'en mérite pas moins le coup d'œil. “Moskvitch, mon amour” est le premier long métrage d'un cinéaste arménien venu du court et qui est retourné.

Moskvitch, mon amour a pris son temps pour accéder à une petite distribution salles en France, puisque le film date de 2015, alors distingué par le jury Fipresci du Festival d'Erevan. Le projet avait aussi reçu un Prix pour le développement au Festival de Montpellier, Cinémed, l'Arménie faisant bien sûr partie de l'espace méditerranéen.

Coproduction franco-russo-arménienne, ce premier long entraîne dans les pas d'Hamo, un vieil homme à la barbe blanche vivant avec son épouse, Arous, dans des montagnes reculées de cette nation du Caucase aux paysages magnifiques – et d'ailleurs superbement cadrés. Ce paysan aspire à une chose, malgré la précarité dans laquelle il est plongé : faire l'acquisition d'une Moskvitch, cette automobile emblématique de la classe moyenne à l'époque soviétique et que le malheureux n'a jamais possédée. L'URSS s'est effondrée, mais le rêve demeure et le réalisateur Aram Shahbazyan, passé par la Fémis dans son cursus, explore l'obsession de son personnage entre farce et drame, dans un esprit que l'on pense très représentatif de cette culture où rire et larmes cohabitent aisément.

Si son expérience solide dans le documentaire l'a sans doute aidé, il livre une vraie et pétillante fiction, parfois romanesque et souvent touchante, riche de chansons et même de danses, auxquelles se livre assez étrangement le personnage d'Hamo en cas de forte contrariété. L'écriture – à laquelle a participé Levon Minasian, qui réalisa lui-même plusieurs films courts par le passé (parmi lesquels Lux æterna en 1999 et Le piano en 2011 ) – s'imprègne d'une bonne dose de tendresse, un registre tragi-comique l'emportant constamment au final, à travers notamment une galerie de personnages secondaires truculents, par instants assez “kusturiciens”.

Depuis, Aram Shahbazyan est revenu à plusieurs reprises au format court, notamment dans un cadre collectif (un segment du film à épisodes The Path of Our Dream en 2017), soit par là même où il avait débuté à la fin des années 2000. 

Christophe Chauville

Moskvitch, mon amour est visible à Paris sur quelques séances, parfois suivies de rencontres, au Lucernaire et au Saint-André-des-Arts. Voir la page Facebook d'Araprod.