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En salles
10/04/2019

“Les grands squelettes” : Ramos creuse son sillon

La distribution plutôt sommaire du nouveau film de Philippe Ramos (avec une seule salle à Paris, les 3 Luxembourg) ne doit pas dissuader de le découvrir, tout en (re)voyant son “Capitaine Achab”, version courte, sur notre site.

Depuis l’an 2000 et la sortie en salles de son moyen métrage L’arche de Noé (Prix du jury de Côté court, à Pantin, l’année précédente), Philippe Ramos poursuit, mine de rien, un parcours à la métronomique régularité, enchaînant tous les trois ans – quatre au maximum – un nouveau long métrage. Ses obsessions d’auteur (la foi, la solitude, le sexe, la mort, etc.) se perpétuent et se développent, tout comme sa démarche volontiers artisanale, qui n’empêche jamais la poésie de son œuvre de se déployer, la préservant même sans doute...

Avec Les grands squelettes, il opte pour une forme très libre, plus que jamais éloignée des diktats de ce marché dont il se défie et qui renoue finalement avec la production courte de ses débuts. Présenté au FID, à Marseille, l’année dernière, ce film de 70 minutes, durée non canonique en soi, consiste en une série de séquences en apparence hybrides, qui mettent en scène une galerie de personnages, un jour de printemps à Paris, du matin jusqu’à la nuit, dans des situations précises, ou plus justement, des ambiances. Les images sont en grande partie fixes, photographiques, entrecoupées tout de même par instants par des prises de vue “animées”, ce qui donne un cachet assez unique à ce film d’atmosphère immédiatement profond et explorant sur une palette assez large de riches mondes intérieurs.

Il est en outre plaisant, pour qui connaît l’œuvre de Ramos, de retrouver nombre de visages et de corps déjà filmés par lui, parmi d’autres qui font leur entrée dans sa “famille”. Mais Melvil Poupaud fait le lien avec Fou d’amour, le précédent long métrage du Drômois ; Anne Azoulay ramène à Adieu pays, son premier (qui date de 2003), tandis que Denis Lavant et Jean-François Stévenin évoquent ce Capitaine Achab dont deux versions existèrent successivement, la courte, bientôt visible sur Brefcinéma, n’étant absolument pas une simple “ébauche” du long qui devait suivre, comme il est écrit sur Wikipédia, mais un film en tant que tel, très beau et brillamment composé, ce qui est une marque permanente de cet orfèvre du cadre et de la picturalité des plans, il suffit de revoir aussi Vers le silence ou Ici-bas, d’une puissance inouïe et qui annonçaient déjà la singularité de cette personnalité toujours indispensable dans le paysage du cinéma français. 

Christophe Chauville


Filmographie courts métrages

Les îles désertes (1993, 12 min)
Vers le silence (1995, 35 min)
Ici-bas (1997, 26 min)
L'arche de Noé (1999, 59 min)
Capitaine Achab (2003, 22 min 30)