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En salles
14/02/2019

La semaine des premiers longs !

Quatre premiers longs métrages sont sortis le 6 février, une coïncidence pas si fréquente et, si nous avons déjà parlé de celui de Christophe Le Masne par ailleurs, nous tenions à évoquer aussi les trois autres films en question…

Deux fils, de Félix Moati, partage tellement de points communs avec Après Suzanne, son court métrage présenté en compétition officielle des courts métrages au Festival de Cannes en 2016 qu’on est carrément dans le cas de figure d'un galop d’entraînement, ou alors cette fameuse “carte de visite” dont on ne sait plus trop comment employer le concept, sacrément rebattu depuis trente ans. Dans Après Suzanne, un jeune Parisien prénommé Joachim et joué par Vincent Lacoste venait d’être largué par une certaine Suzanne, avec qui il vivait en Grèce, retrouvait Paris, ses bars et ses panoramas, mais aussi, surtout, ses potes, son père et une fille dont il tombait plus ou moins amoureux, Esther – qui avait malheureusement déjà un copain. Tout ceci figure également dans Deux fils, sauf qu’il y a désormais un petit frère de treize ans en plus dans le jeu et que le père, joué par Benoît Poelvoorde au lieu de François Morel, est nettement plus fragile et même dépressif. Mais on retrouve du court au long des scènes, des plans et même des lignes de dialogues – souvent percutantes – reprises telles quelles (voir le “développement d’un sentiment ambivalent vis-à-vis de la vie, entre la détresse et le calme indifférent”, qui en jette !). Le même registre d’écriture, en une succession de saynètes du quotidien, unit aussi étroitement les deux formats, en une belle faculté à rendre attachants des personnages toujours impeccablement interprétés (Anaïs Demoustier a rejoint la bande, dans le rôle d'Esther).

Avec Les drapeaux de papier, un autre enfant prodigue, Nathan Ambrosioni, fait son entrée dans la cour des grands, à même pas vingt ans (plus jeune que Kylian M’Bappé, donc…). Beaucoup d’articles de presse ont déjà évoqué la précocité de cette jeune pousse s’étant exercée sur une demi-douzaine de courts métrages qu’il revendique pour la plupart amateurs, entre potes ou avec la famille, à l’exception peut-être de Ce qui nous reste(2015), produit par Lighthouse. Les drapeaux de papier suit les retrouvailles entre un frère et une sœur (Guillaume Gouix et Noémie Merlant), le premier venant de sortir de prison et s’installant chez sa cadette, qui était encore une fillette lorsqu’il avait été incarcéré. Une solide narration et une belle capacité à gérer les moments de tensions, qui éclatent parfois en impressionnants climax, donnent finalement une certaine relecture du drame social et/ou familial à la française, au-delà de quelques maladresses bien aisément explicables et excusables. Mais la mise en scène est déjà là, et avec pas mal d’évidence et de force.

Des qualités dont ne manque aucunement lui non plus, sur le versant du documentaire, Dans la terrible jungled’Ombline Ley et Caroline Capelle. Présenté par l’Acid à Cannes l’année dernière, ce premier long métrage réalisé à quatre mains et magnifiquement cadré nous immerge au sein d’un institut spécialisé de la Région Hauts-de-France, où les pensionnaires sont des jeunes gens en situation de handicap présumé. Ils sont mal voyants, autistes ou hémiplégiques, ce qui fait déjà du reste des “différences” très différentes. Mais tous ont des talents qui transforment complètement, devant la caméra et au gré de plans sachant prendre leur temps, notre regard sur la normalité – une notion finalement vague – et toutes les possibles réserves “ éthiques”. Ces gamins sont drôles, doués, épatants ; on s’y attache et on les admire même très vite, grâce à l’approche aussi humble que tendre des deux réalisatrices, qui effectuent toutes deux leurs débuts dans un tel format (Ombline Ley avait signé à l’Ensad un court documentaire, Cavernicole, en 2014). On n’est ni chez Depardon, ni chez Philibert : ces jeunes femmes ont simplement trouvé une voie. La leur. Nous les y suivons volontiers.

Christophe Chauville

Voir aussi notre critique, par Stéphane Kahn, de Moi, maman, ma mère et moi de Christophe le Masne.