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En salles
08/03/2019

“Funan”, “Sibel”, “Nos vies formidables”, etc. : dense semaine dans les salles !

On se fait un cinoche ce week-end ? Alors il va falloir choisir, car les propositions, très différentes les unes des autres, ne manquent pas...

Outre Bêtes blondes de Maxime Matray et Alexia Walther (lire notre article ici), On ment toujours à ceux qu’on aime de Sandrine Dumas (voir l'entretien de la réalisatrice ici) et le programme pour jeune public Le cochon, le renard et le moulin (chroniqué ici), la première semaine de mars est riche en sorties : ce n’est pas surprenant, mais la somme de sorties dignes d’intérêt l’est davantage !

Honneur tout d’abord au Cristal d’or du long métrage du dernier festival d’Annecy, Funan de Denis Do (photos de bandeau et ci-dessous). Cette œuvre d’animation s’attaque à du “costaud” : les exactions des Khmers rouges dans le Cambodge des années 1970. On laisse les atrocités en hors champ, ce qui est compréhensible, mais la tension insupportable s’exerçant sur les individus est palpable. Et si le récit est bien celui d’une fiction, autour de la recherche d’un enfant par ses parents, qui ont dû accepter d’en être séparés par les brutes de l’Angkar lors du passage d’une rivière, le film apparaît très précisément documenté. On est au cœur même de la tragédie, il y a du souffle et les voix de doublage de Louis Garrel et Bérénice Béjo jouent le jeu avec une sobriété bienvenue. Denis Do est issu des Gobelins et avait abordé un thème voisin avec quelques autres camarades de l’école en 2009 avec Le ruban. Il s’agissait alors de la Chine des années 1960 et déjà d’un mouvement de foule. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Côté fiction, le duo formé par Cagla Zencrici et Guillaume Giovanetti revient avec ce qui est déjà un troisième long métrage, après Noor et NingenSibel a été remarqué à Locarno, notamment, en 2018 et multiplie les éléments surprenants : un portrait de jeune femme muette s’opposant aux traditions machistes dans un village reculé de Turquie, où une étrange langue sifflée est pratiquée (le motif est réel !). Les réalisateurs avaient pris l’habitude de nous étonner dès 2004 et Une route de la soie se baladant de chiottes en gogues ! On se souvient aussi de leur beau court Ata (2007) et sa performance d’actrice, avec laquelle résonne en écho aujourd’hui l’extraordinaire prestation de Damla Sönmez, au regard profond et peu oubliable (photo ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

 


Plus “rentré”, mais intense également, apparaît le travail de Julie Moulier dans Nos vies formidables, de Fabienne Godet (photo ci-dessous), sur un registre certes très différent. La réalisatrice, découverte dans les années 1990 au gré de plusieurs courts ou moyens métrages marquants (citons Un certain goût d’herbe fraîche en 1994 et La tentation de l’innocence en 1998), nous immerge dans un centre de désintoxication perdu en pleine campagne, quelque part en France, parmi les pensionnaires qui demeurent là pour une dizaine de semaines chacun(e). Dénué d’effets, assez brut, l’approche est celle d’un suivi au jour le jour du sevrage, des groupes de parole, de la vie en collectivité, où la solidarité transcende toutes les tensions possibles – et inévitables – dans une sobriété de style tenue sur le fil. Presque jusqu’au bout, l’intrusion des parents de l’héroïne, un jour de visite, introduisant une note de pathos en surlignage quelque peu dispensable. Mais l’expérience est forte et le casting assez remarquablement équilibré, avec peu de visages déjà familiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plutôt dépouillé, mais jamais austère, peut aussi apparaître le documentaire lituanien Dans les bois distribué par les Films du Préau, plus habitué aux programmes d’animation pour jeunes publics (même si le label avait déjà sorti en 2018 une fiction en prises de vues réelles, Reine d'un été).

Ce film, signé Mindaugas Survila, est court – 1h03 – et ne comprend ni musique ni voix off de narration. À mille lieues des productions animalières Disney (FélinsChimpanzés, etc.), la caméra se concentre sur divers animaux peuplant cet écosystème balte, parfois rares, souvent filmés de près (avec un matériel spécialement créé pour le projet), sans autre bande sonore que les bruits de la nature, donc de cette forêt profonde tantôt féérique, tantôt inquiétante, avec des moments de bravoure. Comme ce festin de grenouilles perpétré par de gros oiseaux gloutons, au ralenti et s’apparentant peu à peu à une épouvantable sauvagerie génocidaire !

Pour être tout à fait complet, on signalera qu’Emmanuel Hamon, réalisateur d’Exfiltrés, qu’on n’a pas pu voir, est aussi passé par le court métrage. C’était à la fin des années 1990, avec notamment Coup de lune (1998), avec Pascal Cervo et François Berléand. Son sujet est cette fois brûlant, puisqu’il aborde la question des converti(e)s parti(e)s combattre dans les rangs de l’État islamique en Syrie, à l’insu de leurs proches.

Et pour enfoncer le clou sur le format court, Rémi Bezançon (Le mystère Henri Pick) et Xavier de Choudens (Damien veut changer le monde) y passèrent eux aussi, quoiqu’assez discrètement : Vikings et Paraboles, en 2001 et 2002, pour le premier ; C’est pas compliqué– avec Maurice Chevit et Zinedine Soualem ! –, en 1999, et 0h17, en 2005, pour le second. Est-il utile de refaire la démonstration du fameux “vivier” constitué en la matière, inépuisable qui plus est, pour qui n’en aurait toujours pas pris conscience ?

Christophe Chauville