Revenir aux actus
En salles
02/05/2019

Ennemies intimes : “Duelles” d'Olivier Masset-Depasse

Parmi les sorties de la semaine, ce thriller psychologique met en valeur son tandem de comédiennes, de l'amitié à la confrontation.

Révélé à l’aube du millénaire à la faveur de deux courts métrages successifs, Chambre froide (2000) et Dans l’ombre (2004, proposé récemment aux abonnés de Brefcinema), Olivier Masset-Depasse a en outre à son actif aujourd’hui trois longs métrages et une fiction TV plébiscitée en festivals. Duelles a lui-même circulé dans plusieurs manifestations importantes et parvient sur les écrans français, permettant de retrouver à l’écran Anne Coesens, muse et compagne du réalisateur depuis ses débuts, et Veerle Baetens, qui avait été remarquée pour la première fois dans Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2013).

Les deux actrices belges composent ici un duo d’amies et voisines proches, vivant dans des maisons mitoyennes et qu’un affreux drame frappe : le fils de l’une meurt accidentellement sous les yeux de l’autre, ou presque. Un implacable mécanisme de reproches inavoués, de culpabilité inconsciente et de sentiment de vengeance refoulé, ou vice-versa, se met alors en branle. C’est d’ailleurs le grief que l’on pourrait adresser à cet exercice de style assumé et revendiqué – qui ne verse jamais dans le pastiche – que de reposer sur une structure de scénario parfois effectivement mécanique, inéluctable dans ses enchaînements et ne laissant pas la moindre prise au spectateur de s’en écarter et de souffler un peu. Mais c’est là le postulat même du film, qui cite crânement le cinéma hitchcockien de la grande époque, celle des années 1950-60 (la temporalité dans laquelle s’inscrit, du reste, l’histoire) et des univers d’autres cinéastes contemporains, comme Douglas Sirk ou même David Lean.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cinéma de genre n’a aucun secret pour Masset-Depasse et sa faculté de produire des images fortes ménage quelques scènes de bravoure – voir ce champ de blé où s’effondre la belle-mère, devenue gênante, d’Alice, passée de l’autre côté du miroir après la rupture traumatique de son lien à Céline, une fois que celle-ci a perdu son enfant. Le face-à-face ne manque ni de force ni d’ambiguïté, ce qui faisait déjà la valeur des courts métrages réalisés il y a quinze ans et plus.

Christophe Chauville

À lire aussi :
Notre critique de Dans l'ombre.
Des nouvelles du cinéma wallon : le programme Trop belge pour toi !.