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En salles
14/04/2019

Deux “masterpieces” latinos cette semaine...

“Les oiseaux de passage” et “La familia”, tous deux présentés à Cannes, sont au menu des sorties de la mi-avril.

Découvert à la Quinzaine des réalisateurs en 2018, puis passé par Biarritz, par les 3 continents à Nantes et, récemment, par Beaune, Les oiseaux de passage (photo de bandeau, © Ciudad Lunar/Blond Indian/Mateo) fait l'unanimité critique, et ceci semble fort justifié. On a évoqué du Scorsese version colombienne pour qualifier ce thriller atypique puisant ses racines dans la naissance des cartels de narcotrafiquants dans des zones rurales arides du nord du pays, dans les années 1970, alors que débarque une jeunesse américaine avide de marijuana. Alors, des clans paysans indigènes Wayuu plongent dans une guerre des gangs sans merci et une fuite débridée vers le profit, s'écartant ainsi de leurs valeurs traditionnelles séculaires. La mise en scène du duo formé de Ciro Guerra – dont L'étreinte du serpent, déjà, avait marqué le cinéma international en 2015 – et de Cristina Gallego parvient à concilier le rythme du film criminel classique et la beauté contemplative du cinéma d'auteur latino-américain, avec notamment des cadres au cordeau. Et si l'on convoque le film noir comme genre de référence, le western, la tragédie grecque et le conte fantastique à la García Márquez, comme le précise Ciro Guerra dans le dossier de presse, conviennent aussi parfaitement à ce “film-monde” marqué de surcroît par de marquantes hautes figures féminines, dont l'impressionnante “godmother” incarnée par Carmiña Martínez. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


D'éclatantes qualités formelles caractérisent similairement le premier long métrage de Gustavo Rondón Córdova, La familia (photo ci-dessus), sélectionné pour sa part à Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique, mais l'année précédente – en 2017 – et qui aura donc quelque peu tardé à trouvé le chemin des salles, décidément toujours impénétrable. La familia plonge dans le Vénézuela d'aujourd'hui, à travers la métropole tentaculaire de Caracas – qui n'a pourtant, grosso modo que l'équivalent de la population de Paris intra-muros – et l'insécurité emblématique de ses favelas. Un adolescent agressé entend ne pas se laisser faire et frappe à mort le jeune inconnu qui le braquait, s'exposant à une vengeance certaine et devant fuir avec son père, loin de ce quartier l'exposant à un destin irrémédiablement funeste. Le contexte politique du pays, où l'inflation galopante fait de la recherche quotidienne de devises un sport national, crée une tension supplémentaire permanente autour du duo père/fils de héros, lézardé par la rébellion du gamin méprisant ce qu'il prend de la pleutrerie chez son géniteur et voudrait plutôt tenter d'affronter le pire. Très fort sur sa façon d'envisager ce face-à-face intime, le film de cet ancien de la FAMU de Prague propose aussi – en une durée “ramassée” de 80 minutes – une image réellement cinématographique d'un pays dont on a davantage l'habitude d'avoir des nouvelles, depuis quelques années, à travers les reportages de journaux télévisés.

Christophe Chauville