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En salles
05/03/2019

“Bêtes blondes” : la folle aventure de Fabien

Au sein de la vingtaine de sorties ou rééditions de la semaine du 6 mars 2019, le premier long métrage de Maxime Matray et Alexia Walther est à découvrir, permettant aussi de retrouver l'un de nos “Chiens de Navarre” favoris : Thomas Scimeca.

Présenté (et primé) à la Semaine de la Critique à Venise et au Festival Entrevues de Belfort, Bêtes blondes sort à de nombreux égards des sentiers battus du “premier long français” type et porte en ce sens la patte de son label de production, Ecce Films. Difficile, finalement, de “pitcher” ce film qui se méfie comme de la peste du naturalisme toujours dominant et mêle conte picaresque, humour décalé et fantastique bunuélien. Son personnage central, sorte de Candide du XXIe siècle, est lancé dans une errance où se multiplient les rencontres au fil du chemin, remontant ainsi le cours de ces souvenirs qui s’effacent dans son esprit, lui qui fut jadis le fringant héros d’une sitcom du style AB Productions. Divers éléments, si ce n’est des motifs précis (comme celui de l’oiseau), remontent de l’œuvre courte du duo formé par Alexia Walther et Maxime Matray depuis Twist, en 2006, qui était seulement signé de la première, mais où le second était crédité sur la – très importante – musique. On trouve ainsi un reflet à la tête coupée de Bêtes blondes au détour d’un geste significatif dans L’élan ou dans Les ambassadeurs (ce dernier faisant référence, pour son titre, à une toile d’Hans Holbein le Jeune). Et la jeune fille mystérieuse croisée par Fabien et incarnée par Agathe Bonitzer dans ce premier long n’est pas sans rappeler celles de la plage des Ambassadeurs ou le tandem, un poil farfelu, qui débarque dans l’appartement qu’est en train de vider, après la mort de son père, le jeune homme joué par Pascal Cervo dans Malfaisant.

Les ponts sont multiples et l’essentiel est pour le duo d’auteurs de contrecarrer cette vraisemblance psychologique souvent sacro-sainte dans la jeune production, afin d’ouvrir des brèches narratives vers d’autres dimensions. Ce à quoi aboutit le contraste entre le discours de récits de guerre (celle “des Gaules”, selon César, plus prosaïquement) et une chorégraphie à quatre dans Twist ou encore l’association en apparence incongrue entre un fait dérisoire et un rêve étrange dans L’été, avec ses deux jardiniers évoluant dans une station balnéaire morose, en amont de la saison touristique.

On pourrait convoquer pour Bêtes blondes des parentés avec Mandico, Gonzalez ou Poggi et Vinel, ce qui ramène à Emmanuel Chaumet, tandis que la présence de Thomas Scimeca évoque la poésie parfois potache des Chiens de Navarre. En tout cas, c’est un cinéma qui sort le spectateur de sa neutralité, toute genevoise que soit sa réalisatrice, passée par l’Esav – celle de sa ville natale – à la fin des années 1990.

Christophe Chauville


Filmographie courts métrages de Maxime Matray et Alexia Walther

Twist (Alexia Walther seule, 2006, 11 min)
L’élan (2008, 15 min)
L’été (2008, 9 min)
Les ambassadeurs (2011, 15 min)
Malfaisant (2012, 40 min)