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DVD
20/05/2019

“Utøya, 22 juillet” en DVD : l'île de la terreur

Potemkine vient d'éditer ce film-choc norvégien retraçant sur le mode de la fiction la journée la plus traumatique de l'histoire du paisible pays scandinave.

À l'instar du 11 septembre 2001 à New York ou du 13 novembre 2015 à Paris, le 22 juillet 2011 restera marqué au fer rouge dans la mémoire de tous les Norvégiens, particulièrement peu habitués, de surcroît, au terrorisme et à la violence barbare. Ce jour-là, en plein cœur de l'été, un monstre devenu trsitement célèbre, Anders Breivik, suppôt de l'extrême-droite nostalgique du nazisme, faisait irruption à Utøya, une petite île située à une quarantaine de kilomètres d'Oslo, quelques instants après l'explosion d'une bombe dans la ville, pour ouvrir le feu sur les jeunes gens venus participer à un camp de la Ligue des jeunes travaillistes, liée au parti démocratique au pouvoir. 77 personnes périrent dans le double attentat, 99 furent gravement blessées et plus de 300 subirent des chocs psychologiques extrêmes.

Comment représenter au cinéma, et en faisant le choix de la fiction, un tel événement tragique, et plus encore ? L'expérimenté réalisateur Erik Poppe a rencontré nombre de survivants du drame pour “coller” au plus près à cette heure et douze minutes de tuerie sans nom. Il a choisi de ne pas représenter le tueur, sinon en une silhouette furtivement entraperçue, et de se lancer surtout dans un tour de force technique inouï. Après un court prologue évoquant l'explosion, dans le quartier des ministères de la capitale, son film se confine en effet aux contours de cet îlot où il est si difficile de se cacher des tirs mortels, en un stupéfiant plan-séquence couvrant dès lors la totalité du film...

Le spectateur est ainsi entraîné au milieu de l'horreur vécue par ces adolescents, enfants et très jeunes adultes, dégommés comme des lapins – ce qui glace le sang en permanence, d'autant que seul le son évoque la fusillade – et tandis que l'intervention des secours qui nous apparaît incroyablement longue. On suit ainsi la jeune Kaja, en s'attachant à elle et à ceux qu'elle côtoie et croise dans ce qui est devenu un véritable enfer sur terre. Sobre et évitant heureusement tout spectacularisme, Utøya, 22 juillet trouve la tonalité moralement acceptable pour montrer ce qui s'est passé en cette sinistre journée. Tout le monde n'aurait pu et su relever ainsi, il faut le souligner, cet écueil d'ordre avant tout éthique... Et l'on comprend aisément pourquoi le film fut l'un des plus marquants du Festival de Berlin 2018, surtout à l'époque où les populismes et/ou extrémismes les plus radicaux gagnent du terrain partout en Europe.

Christophe Chauville

 

Utøya, 22 juillet d'Erik Poppe, DVD, Potemkine Films, 19,90 euros.
Disponible depuis le 7 mai 2019.