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DVD
06/03/2019

L’avant-dernier film de Satyajit Ray : “Les branches de l’arbre”

Il est toujours salutaire de reparcourir l’œuvre, finalement trop méconnue, de l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma mondial.

Au-delà d’une rétrospective à la Cinémathèque française en 2016, les films de Satyajit Ray se font en fait plutôt rares – pas de coffrets DVD, très peu de rééditions en salles, sans même parler bien entendu des télés – alors qu’il était unanimement admiré et célébré de son vivant. Sa mort, justement, date déjà de plus d’un quart de siècle, puisque le maître bengali s’est éteint en 1992, à l’âge de 70 ans, suite à une crise cardiaque. Les branches de l’arbre, réalisé peu auparavant, en 1990, résonne donc tout particulièrement, mettant d’abord en scène un vieil homme frappé par un infarctus le jour même de cet anniversaire et qui, survivant pour sa part, voit revenir vers lui sa famille, en l’occurrence ses fils et les femmes (et enfants) de ceux qui sont mariés.

Quelques jours de promiscuité entre les murs de la maison familiale et, forcément, des tensions qui affleurent, des reproches qui fusent, des fissures qui lézardent l’héritage moral d’un homme toujours droit et dont le crépuscule apparaît aussi comme celui d’une ère révolue, dont les valeurs se voient battues en brèche par la cupidité et l’individualisme. On pourrait multiplier les citations de scènes d’extrême intensité, dans un film qui n’est pourtant jamais étouffant, parcouru aussi de séquences plus joyeuses et empreintes d’humanité. Celle de Ray et celle de ses interprètes. Voir ce fils handicapé par un accident de voiture et dont le destin prometteur a été fauché, aux réactions désormais imprévisibles, ou encore ce nonagénaire vieillard, père du père, si l’on peut dire, gâteux et édenté, pasolinien jusque dans sa folie désinhibée et si gênante.

Produit alors par Daniel Toscan du Plantier et Gérard Depardieu, grands admirateurs du cinéaste, Les branches de l’arbre est comme un testament de sa part, même si un ultime film devait encore venir, l’année suivante : Agantuk/Le visiteur. Il est d’autant plus précieux, visionnaire dans le regard inquiet qu’il portait sur le devenir d’un pays en particulier et de l’humanité en général. Universel, en un mot.

Christophe Chauville



Les branches de l’arbre
de Satyajit Ray, DVD, collection “Montparnasse Classiques”, éditions Montparnasse, 14,99 euros.
Disponible depuis le 6 février 2019.