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DVD
22/01/2019

Bergman par Trotta

L’année du centenaire de la naissance d’Ingmar Bergman est passée, mais rien n’interdit de la prolonger avec la sortie DVD du documentaire réalisé à cet égard par la cinéaste allemande Margarethe von Trotta.

Montré en 2018 à Cannes Classics puis au Festival de La Rochelle, À la recherche de Ingmar Bergman – on aurait préféré un d avec apostrophe – est édité en DVD par Épicentre Films, label cinéphile par excellence, et mérite vraiment le détour. D’abord parce qu’il donne une envie irrépressible de se replonger dans cette œuvre immense à tous les points de vue. Le film commence d’ailleurs par une scène mythique du Septième sceau, le premier film du maître suédois qu’ait vu la réalisatrice, alors étudiante à Paris, en pleine effervescence cinéphile façon Nouvelle vague. En un mot, que certaines images fortes de La nuit des forainsPersonaL’heure du loup ou Fanny et Alexandre, entre beaucoup d’autres, nous passe devant la rétine incite à de nécessaires séances de retrouvailles. Si on pense tout savoir ou avoir lu en la matière, l’approche documentaire adoptée échappe à toute réserve, par sa simplicité et sa sincérité : ce n’est que celle d’une enquête menée par une admiratrice elle-même artiste accomplie – son Lion d’or à Venise pour Les années de plomb date de 1981, remis d’ailleurs alors par Liv Ullmann.

Cette dernière est sans surprise l’une des premières à témoigner devant la caméra (photo ci-contre), les survivant(e)s étant évidemment et hélas assez rares pour évoquer directement le travail sur ces plateaux, sinon, parmi les fameuses “actrices bergmaniennes”, Gunnel Lindblom (interprète de 6 films des années 1960-70) ou sa cadette Julia Dufvenius, qui tenait l’un des rôles principaux de Saraband, ultime opus (en numérique) datant de 2003. Pour le reste, plusieurs cinéastes s’expriment et c’est assez passionnant. Il y a Assayas, bien sûr, qui a tant écrit à ce sujet, publiant aux éditions des Cahiers du cinéma avec Stig Björkman un livre d’entretiens faisant autorité. Ruben Östlund, suédois lui aussi et récemment lauréat de la Palme d’or à Cannes, mais qui est assimilé de son propre aveu, et en partie malgré lui, à l’autre école nationale, celle de Bo Widerberg, plus libre et contestataire en apparence. Ou encore Mia Hansen-Løve, qui est récemment allée tourner à son tour dans le sanctuaire, forcément intimidant, de l’île de Fårö – et l’on apprend ainsi que ce toponyme se prononce “fo-reu” !

Plus émouvants encore, ces passages mettant en avant une vie privée parfois complexe et problématique, à travers les confidences de Daniel, l’un des nombreux enfants du cinéaste, dont les propos ne sont heureusement jamais impudiques, mais permettent sans doute d’appréhender avec un angle supplémentaire certaines obsessions de l’artiste. 

Un autre documentaire, Ingmar Bergman, une année dans une vie, de Jane Magnusson, sera prochainement édité à son tour en DVD (chez Carlotta Films, le 20 mars) et viendra poursuivre l’hommage naturellement rendu à une figure essentielle de la cinéphilie internationale – en espérant d’ailleurs que c’est toujours le cas pour les nouvelles générations s’étant “éveillées” au cinéma avec Tarantino ou Nolan. Ce DVD s’adresse aussi à ceux-là.

Christophe Chauville


À la recherche de Ingmar Bergman 
de Margarethe von Trotta, DVD, Épicentre Films, 19,90 euros.
Disponible depuis le 8 janvier 2019.