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29/11/2019

Rencontre avec Alice Winocour, à l’occasion de la sortie de “Proxima”

“Proxima” est sur les écrans depuis le 27 novembre et un focus est consacré à Alice Winocour, comprenant ses trois courts métrages. Elle a, dans cette perspective, accepté de répondre à quelques questions.

Avec Proxima, votre troisième long métrage, vous avez désormais réalisé autant de longs que de courts : quel regard portez-vous, avec le recul, sur ces derniers ?

C’est comme si je regardais des photos de moi à une autre époque… Ces courts métrages m’ont tous fait grandir. J’ai compris en les faisant à quel point j’aimais être sur un plateau, dans une fiction où tout est possible… Mais aussi, comme j’aimais travailler dans le chaos, pour faire entrer le réel dans le cadre, perdre le contrôle.

                       

Le fait de s’attacher à un personnage de femme en lutte contre l’adversité et/ou en quête relie Proxima à vos trois films courts : est-ce une constante dans votre inspiration ?

Oui, je crois que les histoires dans lesquelles je me projette finissent toujours par être des histoires de libération, de femmes ou d’hommes qui se libèrent. C’est aussi le cas dans les films que j’écris.

C’est aussi pour moi la fonction du cinéma, une forme de catharsis. Au delà de la dramaturgie, on fait aussi les films avec son inconscient et c’est aussi ce qui me touche au cinéma ou ce à quoi j’aspire… Ce qui échappe à la règle ou à la norme, surtout dans une époque de plus en plus normée.

                    

Vous dirigez dans Proxima Eva Green au sein d’un casting international, où l’on peut entendre plusieurs langues et ce, après Elina Löwensohn et Johanna Ter Steege dans vos courts ou Diane Kruger dans Maryland : en quoi appréciez-vous particulièrement de travailler avec des interprètes francophones, mais potentiellement venus d’autres horizons ?

Souvent, je m’intéresse à un monde, et je découvre que ce qui me pousse à ça, ce sont des choses très intimes. En fait, je crois que je ne peux parler de mon intimité qu’en me projetant dans des univers lointains et inconnus. Avec parfois avec des acteurs étrangers.

Dans Proxima, le casting international s’est imposé parce que je voulais décrire ce monde de l’espace tel qu’il est : l’Agence spatiale européenne est basée à Cologne, les astronautes s’entraînent à Star City, en Russie, à une heure et demie de Moscou, et partent du Kazakhstan dans un Soyouz. Il y a pour chaque mission un Américain, un Russe et un Européen. J’ai travaillé avec des acteurs de pays différents, mais aussi de cultures de jeu différentes : Anton Fateev vient du théâtre russe, Lars Eidinger et Sandra Hüller de la scène allemande, à savoir la Schauhbune, et Eva Green et Matt Dillon du cinéma américain. C’était intéressant de trouver une langue de jeu commune pour cette famille d’acteurs d’horizons divers.

Le rêve d’aller dans l’espace pour la spationaute de Proxima porte-t-il encore plus loin, selon vous, les désirs de s’évader d’un quotidien terne de certaines de vos héroïnes par le passé ? Quels étaient les enjeux d’écriture majeurs de ce personnage de Sarah ?

Le personnage de Sarah rêve d’espace, de quitter la planète… Proxima raconte l’histoire d’une astronaute, une super-héroïne qui doit partir dans l’espace, mais qui est aussi mère, avec tous les conflits que ça représente. C’est l’histoire de quelqu’un qui se libère de ses obstacles intérieurs, de sa culpabilité maternelle qui est aussi une construction sociale.

Les enjeux d’écriture majeurs étaient d’être en empathie avec le personnage pour vivre avec elle, son dilemme et la difficulté de sa séparation avec sa fille. Sans pour autant tomber dans le pathos ou perdre la crédibilité du personnage, qui devait être comme toute astronaute, peu émotionnelle. Le chemin du personnage est celui de quelqu’un qui accepte ses émotions, qui va vers son humanité. C’est au moment de quitter la terre, qu’elle est la plus humaine. Le scénario est construit en suivant les différentes étapes de sa séparation avec sa fille, comme la fusée qui se sépare des boosters un à un, en quittant la pesanteur terrestre.

Mais je  voulais aussi que l’histoire soit aussi la libération de la petite fille, qui se libère du rêve de sa mère. Je me suis aussi beaucoup identifiée à elle.

                    

Avez-vous déjà une idée précise de votre projet suivant ?

Je suis en train de finir l’écriture de mon prochain film, avec à nouveau un personnage de femme qui dérive. Encore une étrangère, mais à Paris, cette fois, et de retour sur Terre !

Propos recueillis par Christophe Chauville