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28/07/2020

Aux trois coins du monde dans les sorties en salles du 29 juillet

"Tijuana Bible", “L'oiseau de Paradis” et “Terrible jungle” sortent au cinéma en ce milieu d'été, emmenant au Mexique, à Tahiti et en Guyane.

Si l'offre s'amenuise dans les salles cet été avec de nouveaux reports de sortie d'importantes productions américaines, certains films français en profitent pour – relativement – tirer leur épingle du jeu. Ce pourrait être le cas de Tijuana Bible, de Jean-Charles Hue (photo de bandeau), qui s'inscrit dans un cycle de films de touts formats réalisés depuis quelques années à la frontière entre Mexique et Californie, à la fois sur le versant de la fiction, comme ici, ou du documentaire, Topo y Wera étant à ce propos disponible depuis quelques jours sur Brefcinema. Mais la frontière entre les genres est mince chez Hue et l'un nourrit l'autre, et vice-versa, comme c'était déjà le cas dans son approche des commununautés de gens du voyage de l'Oise, développée à travers plusieurs films d'une précédente “période” (le terme étant quasiment à envisager comme pour le parcours d'un peintre), dont Mange tes morts fut l'acmé. 

Au fil de Tijuana Bible évolue la même population déshéritée et “galérienne” que dans Topo y Wera, au cœur de la Zona Norte, l'un des quartiers les plus sensibles de la ville frontalière. Un ancien marine blessé en Irak, Nick, y croise une jeune Mexicaine cherchant son frère disparu et plonge avec elle dans l'enfer de la terreur orchestrée par les gangs de narco-trafiquants dans toute la région. La virée dans les bas-fonds est vertigineuse et le réalisateur réaffirme toute l'amplitude de sa mise en scène, son sens de l'image et une disposition au romanesque qui surprend parfois, comme c'était du reste le cas dans la relation entre les protagonistes – bien réels, donc – du moyen métrage précédemment cité. Il crée de véritables personnages de cinéma, tels ce soldat yankee cabossé joué par Paul Anderson ou encore l'effrayant chef de bande incarné par Noé Hernandez (qu'on avait vu également dans Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez en 2018), écartelé entre une violence sadique extrême et une religiosité chevillée au corps.

Du Mexique au large du Pacifique, on pourra atteindre les îles de la Polynésie française avec L'oiseau de Paradis de Paul Manate (photo ci-dessus), qui devait sortir au printemps et avait été intégré à des catalogues VOD durant les derniers jours du confinement avant de finalement connaître cette distribution en salles. Le réalisateur, né à Papeete, avait déjà abordé dans plusieurs courts métrages des thèmes liés à ses origines et à la société tahitienne, avec en filigrane les liens de l'archipel à la si lointaine métropole, tant géographiquement que culturellement (voir par exemple Nevermore et son légionnaire de retour à la maison, en 2013). Tahiti demeurant dans le même temps objet de fascination et de fantasme, Paul Manate tente avec L'oiseau de Paradis de mêler réalité et mythes, corruption immobilière et sorcellerie, modernité et tradition, en retraçant l'itinéaire d'un “demi” tahitien, devenu attaché parlementaire et s'étant quelque peu coupé de ses valeurs familiales, qui lui reviennent pourtant en pleine face lorsque resurgit dans sa vie une cousine maorie aux possibles pouvoirs magiques et guérisseurs. Le film ne manque pas d'atouts, même si l'écriture aurait parfois mérité davantage de densité , mais la sincérité de son réalisateur, bien secondé par ses comédiens locaux et le travail d'Olivier Mellano sur la composition musicale, fait de ce premier long un objet singulier et assez unique dans la production “hexagonale” actuelle.

Sur un registre affirmé de comédie d'aventures, Terrible jungle d'Hugo Benamozig et David Caviglioli souffre en revanche de la comparaison avec La loi de la jungle, tourné en Guyane également – et sur des arguments pas si éloignés – par Antonin Peretjatko il y a quelques années. Le duo semble avoir vu sensiblement s'émousser, du court au long, l'insolite étrangeté de leur récent court métrage Ma bataille (2019), même si Jonathan Cohen s'offre à nouveau un numéro XXL dans un second rôle – celui d'un commandant de gendarmerie hâbleur, mais notoirement incompétent – et si la représentation d'une tribu amazonienne fantasmée par le héros, étudiant en anthropologie sous influence Levi-Strauss (Vincent Dedienne), est parfois croustillante, ces mythiques Otopis étant alcooliques et incapables de chasser, se nourissant de chips devant des soaps brésiliens (et l'on retrouve en son sein Esteban, c'est tout dire)… Mais la narration est souvent poussive, plutôt déséquilibrée quant à cette figure de mère indigne débarquant à la recherche de son fils supposément perdu dans les profondeurs de la forêt sud-américaine, un personnage de ponte universitaire politiquement incorrect, génitrice froide et distante, que se délecte d'incarner Catherine Deneuve, qui se fait rare dans des premiers longs et dont le rôle est au final, et assez paradoxalement, trop succinct. Pas si terrible jungle, donc…

Christophe Chauville
 

À lire aussi :

- Madre, de Rodrigo Sorogoyen, est visible au cinéma depuis le 22 juillet.

- Ma bataille, avait été présenté dans le cadre de “Déjà demain” en février 2020.