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06/09/2019

Autour de “Ne croyez surtout pas que je hurle”, de Frank Beauvais

Présenté cette année à Berlin, Cinéma du Réel et La Rochelle, notamment, le premier long métrage de Frank Beauvais sortira le 25 septembre prochain. Et certains de ses courts métrages seront alors aussi visibles...

Depuis une quinzaine d’années, les films de Frank Beauvais accompagnent notre revue, entre essais intimes, fictions épurées et expérimentations. C’est donc une joie de découvrir un premier long métrage faisant la somme des motifs formels ou thématiques abordés par le cinéaste d’un court à l’autre.

Ainsi, à l’intersection de ses essais sentimentaux (Compilation, 12 instants d’amour non partagéVosgesJe flotterai sans envie) et de ses films de montage expérimentaux – Le soleil et la mort voyagent ensembleUn 45 tours de Cheveu (Ceci n’est pas un disque(photo ci-dessous à gauche), Ne croyez surtout pas que je hurle s’enracine d’abord dans un ébranlement intime (une rupture, la solitude et l’isolement en découlant), auquel un surplus visuel, une compulsion de spectateur/cinéphile tentent de fournir un antidote. 

Formellement, en empilant les images prélevées à d’autres films en un gigantesque geste de remploi, le film se rapproche du clip que Frank Beauvais réalisa pour le groupe Cheveu et plus encore du court métrage Le soleil et la mort voyagent ensemble (photo ci-dessous à droite). De ce court au long, c’est aussi un passage de l’appropriation de textes d’autrui à une écriture propre, intime (au plus près des sentiments, de l’os) qui se fait.

 

 

 

 

 

 


Dans Le soleil et la mort voyagent ensemble, Frank Beauvais et son monteur Thomas Marchand s’appuyaient sur un texte de Gerard Malanga et surtout sur un morceau où Serge Teyssot-Gay mettait en musique et en voix un récit de captivité de Georges Hyvernaud. Le passage de la littérature au rock se doublait alors d’une autre transposition, d’une autre strate, avec l’agencement de fragments visuels ordonnés par le cinéaste. Si Ne croyez surtout pas que je hurle se rapproche de la première partie du Soleil et la mort voyagent ensemble, c’est aussi parce qu’il est, en creux, le récit d’une claustration. Mais, étape supplémentaire dans le parcours du cinéaste, ce récit est, écrivions-nous, le sien. Et c’est essentiel. Le texte, magnifique (qui est parallèlement publié, signalons-le, par Capricci), n’est plus filtré par les mots et les guitares de tiers. C’est en cela que ce long métrage passionnant raccorde aussi, fondamentalement, au dévoilement intime qui était à l’œuvre dans les premiers moyens métrages de Frank Beauvais, et particulièrement dans le dispositif de Compilation, 12 instants d’amour non partagé, où l’intime était alors passé au tamis non de films, mais de morceaux de pop adorés.

D’aucuns pourront y voir du ressassement, voire l’épuisement d’une formule. On y apprécie, de notre côté, avant tout une trajectoire d’une cohérence exemplaire, où les chaleureuses haltes côté fiction (La guitare de diamantsUn éléphant me regarde) peuvent apparaître rétrospectivement comme des stases apaisées, consolatrices et elles aussi essentielles.

Stéphane Kahn


Filmographie courts métrages

À genoux (2005, 21 mn)
Le soleil et la mort voyagent ensemble (2006, 12 mn)
Vosges (2006, 6 mn)
Compilation, 12 instants d’amour non partagé (2007, 42 mn)
Je flotterai sans envie (2008, 46 mn)
La guitare de diamants (2009, 35 mn)
Un 45 tours de Cheveu (Ceci n’est pas un disque) (2010, 6 mn)
Un éléphant me regarde (2015, 30 mn)

Visuel ci-contre : première affiche de Ne croyez surtout pas que je hurle, lors de sa présentation à la Berlinale 2019.

 

Un 45 tours de Cheveu (Ceci n’est pas un disque) sera diffusé dans le cadre de notre prochaine séance “Premiers pas” à la Cinémathèque française, lundi 9 septembre à 19h.

Compilation, 12 instants d’amour non partagéLa guitare de diamants et Le soleil et la mort voyagent ensemble suivront la semaine suivante, le lundi 16 septembre à 18h, juste avant une avant-première, à 20h, de Ne croyez surtout pas que je hurle, dans le cadre du cycle permanent “Aujourd'hui le cinéma”.

La guitare de diamants sera visible en ligne sur Brefcinema à partir du 25 septembre prochain, pour une durée de 6 mois.

 

À lire aussi :

- Double séance “Premiers pas” et 30 ans de Bref à la Cinémathèque française le lundi 9 septembre 2019.