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Madame Dron J-54

Régis Roinsard

  • 1997 , 15 minutes
  • Fiction
  • Production : La Luna Productions
  • Interprétation :
    • Arlette Thomas
    • Frédéric Gélard
    • Guillaume Hylias
    • Jean-Pierre Bourdaleix
    • Maria David
    • Patricia Gautier
    • Romaric Perche
  • Courts d'aujourd'hui
  • Musique originale
  • Autour des sorties

// Synopsis

Sébastien, garçon d'une douzaine d'années, se rend avec ses parents comme chaque année chez Madame Dron pour y fêter Noël. La vieille femme vit dans un HLM et comme chaque année, le jeune garçon a pour habitude de s'y ennuyer. Seulement ce jour là, une rencontre va briser la règle.

// Biographie

Régis Roinsard

Né en 1972, Régis Roinsard est diplômé de l’ESEC et titulaire d’une licence en Études cinématographiques.

Il réalise un premier court métrage en 1995, Les petits salés, suivi deux ans plus tard de Madame Dron, sélectionné dans plusieurs festivals en France et à l’étranger. Le réalisateur se tourne ensuite vers l’univers du clip et travaille notamment avec Jean-Louis Murat, Étienne Charry ou encore Cali. Entre 2001 et 2005, il signe deux autres courts : Simon (2001), puis Belle, enfin possible.

En 2012, Régis Roinsard passe au long métrage avec la comédie Populaire, portée par Romain Duris et Déborah François. Les traducteurs, son second long métrage, sort dans les salles le 29 janvier 2020. Lambert Wilson, Sara Giraudeau et Olga Kurylenko seront notamment à l’affiche de ce thriller qui se déroule dans le milieu de l’édition.


// La critique

Une police dorée pour le générique, les crédits s’affichant en fondu sur un travelling entre les branches d’un sapin décoré, des cloches d’église comme fond musical : pas de doute, nous sommes devant un film de Noël. Pourtant, le plan suivant nous montre une grande pelouse, un jour de beau soleil. Deux jeunes hommes jouent au foot. Déjà, Régis Roinsard attire notre attention sur ce décalage qui marque son film. Certes, c’est le 24 décembre, mais le réalisateur réussit à créer une distance qui lui ôte sa magie et nous pousse plutôt à réfléchir sur cette fête qu’il présente comme systématique et sans chaleur. Pas de neige, pas de feu dans la cheminée, pas d’ombre accueillante où allumer des bougies. Seulement cette lumière neutre, indifférente, et une cage d’escalier grise où résonne la “vie des gens”, ceux-là mêmes qui ont accroché des branches de houx à leur porte d’entrée – parce que, tout de même, c’est Noël – et puis personne n’y coupe, comme nous l’indique un plan fixe sur deux portes si identiques que l’une passerait pour le reflet de l’autre.

Un petit garçon mécontent – et vaguement ingrat –, deux parents apprêtés – parce que, tout de même, c’est Noël –, et une vieille dame qui en fait trop, parce que si ceux-là ne viennent plus le 25, plus personne ne viendra jamais. Les tableaux sont brossés avec efficacité. Pas besoin de mots même, parfois : le choix des costumes en dit long. Ainsi la mère, avec ses cheveux teintés noirs, la raie au milieu et les lunettes sévères de bibliothécaire comme on n’en fait plus, est désignée d’emblée comme une femme juste, mais un peu dure, certainement pétrie de beaucoup de principes et d’un peu d’aigreur. Son mari, sans signe distinctif particulier, est sûrement très gentil. Bien sûr, il a toujours une bonne blague à lâcher, à laquelle il rit lui-même, faute de son auditoire. La caméra est très stable, même lors de ses mouvements à travers le salon pour dresser l’inventaire de toute la famille. Ce qui permet de prendre du recul sur la série de clichés présentés. De même que le ton de la voix off (celle du jeune garçon qui narre sa propre histoire) reste monotone, presque haché, avec des intentions trop présentes pour être honnêtes. Mécanisme des fêtes de famille sans entrain : on mange, on boit, on ment, on s’ennuie, mais on ne le dit pas. La belle-mère exprime un propos raciste, alors on s’insurge doucement, presque sans savoir pourquoi, si ce n’est que “ça ne se dit pas”. En quinze minutes, le réalisateur décrit et moque une famille toute simple, dans laquelle on se reconnaît parfois avec horreur. Il pourrait s’arrêter là, pour le seul plaisir de la satire sociale.

Mais de la jeunesse vient la gaieté, les enfants sont autorisés à sortir jouer au foot. Rayon de soleil sur ce gris jour férié. On rencontre les gamins du quartier, meilleurs que soi. Les bras et les jambes s’agitent, la caméra aussi. Le rythme s’accélère. De mémorable, le match devient traditionnel. Chaque année, petits et grands se retrouvent sur le terrain pour voir s’affronter les enfants qui grandissent. On finit sur les amitiés qui se tissent et les cœurs qui s’éveillent… Parce que tout de même, c’est Noël.

Anne-Capucine Blot

Réalisation et scénario : Régis Roinsard. Image : Alexandre Bugel. Montage : Anne Thonus. 
Son : Renaud Colas et Jean-Christophe Jule. Musique originale : Hugues Darvey et Frédéric Marie. 
Interprétation : Arlette Thomas, Jean-Pierre Bourdaleix, Maria David, Frédéric Gélard, Patricia Gautier, Guillaume Hylias et Romaric Perche. Production : La Luna Productions.

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