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L'homme sans tête J-67

Juan Solanas

  • 2003 , 18 minutes
  • Animation
  • Production : Onyx Films
  • Interprétation :
    • Alain Hocine
    • Ambre Boukebza
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// Synopsis

Dans une ville irréelle, un homme sans tête se prépare pour un rendez-vous galant. Il espère dénicher la tête idéale pour cette occasion spéciale...

// Biographie

Juan Solanas

Né en 1966 à Buenos Aires, Juan Solanas est le fils du grand cinéaste Fernando Solanas et s’exile en France avec sa famille pour échapper à la dictature qui s’installe en Argentine à partir de 1976.

Après des études d’histoire de l’art réalisées à Paris, il est dans un premier temps l’assistant du chef opérateur argentin Félix Monti, puis il travaille comme directeur de la photographie sur les films de son père.

Dans les années 2000, Juan Solanas se lance dans l’écriture, la réalisation et la production de son premier court métrage, L’homme sans tête. Le film, finalisé en 2003, circule dans de nombreux festivals où il reçoit de multiples récompenses, dont le Prix du jury au Festival de Cannes en 2003 et le César du meilleur court métrage l’année suivante.

Fort de ce succès, Juan Solanas réalise deux ans plus tard, Nordeste, son premier long métrage présenté dans la section “Un certain regard” du Festival de Cannes 2005.

Le réalisateur signe ensuite Upside Down, une science-fiction portée par Kirsten Dunst et Jim Sturgess, sortie dans les salles en 2012.

En 2019, son troisième long métrage Femmes d’Argentine / Que sea ley est présenté au Festival de Cannes dans le cadre d’une séance spéciale. Il est tourné dans son pays natal et s’intéresse aux luttes des femmes pour le droit à l’avortement.

Il développe ensuite une adaptation du roman A veinte años luz d’Elsa Osorio.


// La critique

 Monsieur Phelps virevolte dans sa petite chambre mansardéé. Rendez-vous fixé, costume impeccable, pas de deux maîtrisé, tout semble parfait pour emmener la femme de ses rêves danser au bal. À un détail près, Monsieur Phelps n'a pas de tête... Sans visage, sans regard, ce drôle d'humain au physique impro­bable n'en a pas moins une âme et se montre attachant et séduisant dès ses premiers mou­vements. Monsieur Phelps danse et le décor de sa vie, une cité portuaire irréelle aux cou­leurs patinées, nous semble familier. Monsieur Phelps parle et sa solitude, sa timidité et son incapacité à habiter une société qui le rudoie, transpirent. Mais comment séduire la femme qu'on aime lorsqu'on ne peut lui sourire ? Avant de retrouver sa douce, le héros passe donc à l'Impeccable, bazar des miracles qui promet "une tête à tous les cous", pour se payer une beauté. Il enfile plusieurs têtes, comme autant de masques qui l'aideraient à s'assumer, autant de personnalités qui le feraient naître aux regards des autres, emprunte des mimiques, s'approprie des expressions devant un miroir qui lui renvoie une image inévita­blement imparfaite. Confronté à cette réalité, il choisira finalement de se présenter tel qu'en lui-même devant son amoureuse, débordante de tendresse.

Fable morale, tragi-comique, c'est surtout l'incroyable forme esthétique de L'homme sans tête qui étonne. L'univers visuel du film n'est pas sans rappeler celui de Jean-Pierre Jeunet, à l'exact point de convergence entre les décors fantastiques et sombres de La cité des enfants perdus et ceux, nostalgiques et léchés, d'Amélie Poulain. Du salon d'essayage aux trottoirs pavés, du troquet aux cheminées d'usine, tout appelle un ailleurs nostalgique mâtiné d'ocre. Chaque plan semble être une toile dont on ne saurait dire qui, du peintre, de l'ordinateur ou de la nature, l'a façonnée. L'homme sans tête a la texture des rêves d'adulte encore amarré dans l'enfance. “Ce film est venu d'une image qui, un jour, m'est apparu : un homme, sans tête, assis seul sur un lit, raconte Juan Solanas. J'ai alors construit un scénario autour de ce person­nage mal dans sa peau, qui ne s'exprime libre­ment que dans la danse, et c'est devenu cette petite fable sur l'apparence.”

On peut imagi­ner que ce réalisateur de trente-sept ans qui s'est fait connaître, et reconnaître, comme chef opérateur dans la publicité et le clip n'a eu qu'à baisser les yeux pour modeler cette métaphore de la complexité d'exister dans une société du paraître qui exclut tout ce qui n'est pas plastiquement beau. Maîtrisant par­faitement la lumière et les technologies numé­riques, il se plonge dans les livres d'architec­ture industrielle allemande des années trente et révise les comédies américaines, pour mettre en forme ce "futur au passé" qu'il a dans la tête. Son univers séduit son produc­teur, Aton Soumache d'Onyx Films, puis La Maison, société de post-production qui s'as­socie au projet. “Le film coûtait très cher. Nous n'avons pas eu l'aide du CNC à cause de la soi­-disant ressemblance avec Sleepy Hollow de Burton, qui venait de sortir, alors on s'est lancé avec les seuls pré-achats de France 3 et l'avance de la région PACA. Notre seul luxe : le temps et la motivation des gens.”

Le tour­nage se déroule dans un bout d'usine que Solanas a acheté à Montreuil et dans lequel l'équipe déco construit patiemment les inté­rieurs. Les scènes d'extérieurs sont tournées sur les docks de Marseille. Chaque plan est ensuite retravaillé, à l'étalonnage et à l'ordi­nateur pour donner ces teintes si particulières et rajouter des éléments de décors. Et cet homme sans tête, qui est-il ? “Seul le héros a nécessité un travail en 3D, explique Juan Solanas. J'ai auditionné 200 acteurs-danseurs pour le rôle, avant de choisir Alain Houcine qui a été filmé en prise de vue réelle, ce qui donne son âme et sa grâce au personnage, mais... avec une cagoule verte sur la tête ! Nous avons ensuite reconstruit son col de chemise mais rien du reste n'est virtuel.” Après 900 jours de trucage et quatre ans de travail, le perfectionniste réalisateur voit enfin son film sur grand écran et reçoit le Prix du jury du Festival de Cannes 2003.

C'est là que Marc-Antoine Pineau, de mk2 Distribution a le coup de foudre et décide de le programmer au mk2 Bibliothèque, pour une séance quo­tidienne à un euro, autour de 19 heures 30 à partir du 18 décembre. “Le public pourra venir un peu en avance ou s'attarder après une séance pour découvrir le film, explique Marc­-Antoine Pineau. On espère conquérir au moins mille spectateurs, ce qui, à la période des fêtes et vu la qualité du film, est envisageable.” Une initiative inédite et novatrice dans l'exploita­tion du court métrage qui pourrait faire des émules.

Amélie Galli 

Article paru dans Bref n°59, 2003/2004.

Réalisation, scénario et image : Juan Solanas. Effets visuels : François Dumoulin et Luc Froehlicher.
Son : François Groult et Franck Marchal. Musique originale : Vincent Artaud. Interprétation : Alain Hocine et
Ambre Boukebza. Production : Onyx Films.

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