Revenir aux films

Il fait beau dans la plus belle ville du monde J-120

Valérie Donzelli

  • 2008 , 12 minutes
  • Fiction
  • Production : Les productions Balthazar
  • Interprétation :
    • Alice Gastaut
    • Serge Bozon
    • Valérie Donzelli
  • Courts d'aujourd'hui
  • Recommandés par Télérama
  • Autour des sorties

// Synopsis

Adèle, une jeune trentenaire, décide d'entrer en contact avec Vidal, un musicien qu’elle admire. A sa grande surprise, celui-ci lui répond. Quelques messages sont échangés et une date de rendez-vous est fixée.

// Biographie

Valérie Donzelli

Née en 1973 à Épinal, Valérie Donzelli étudie l’architecture avant de se tourner vers le cinéma, débutant en tant qu’actrice dans le film Martha… Martha de Sandrine Veysset. Elle remporte, pour son interprétation, le Prix Michel Simon en 2000. Entre 2001 et 2006, elle enchaîne les rôles, notamment dans les films de Guillaume Nicloux (Cette femme-là), Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ?) ou encore Alain Guiraudie (Voici venu le temps).

En 2007, Valérie Donzelli passe derrière la caméra et réalise un court métrage à l’influence Nouvelle Vague :                      Il fait beau dans la plus belle ville du monde, qui sera présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2008.                            S’en suit, en 2010, Madeleine et le facteur, dans lequel elle tient le rôle principal, comme ce sera souvent le cas par la suite. La même année, elle signe son premier long métrage : La reine des pommes, sélectionné dans la section “Cinéastes du présent” au Festival de Locarno. La réalisatrice enchaîne avec La guerre est déclarée, un second film autobiographique qui sera non seulement sélectionné à la Semaine de la critique, à Cannes, en 2011, mais également nommé aux César 2012 dans de nombreuses catégories. Elle y forme avec son compagnon Jérémie Elkaïm un couple faisant face à la maladie de leur enfant.

Forte de ce succès, Valérie Donzelli réalise en 2012 Main dans la main, avec Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm dans les rôles principaux. Elle retrouve ce dernier cinq ans plus tard, à l’occasion de Marguerite et Julien, un film historique centré sur les relations incestueuses entre un frère et une sœur (jouée par Anaïs Demoustier).

Notre dame, son cinquième long métrage, sort en décembre 2019 dans les salles. La réalisatrice y tient le premier rôle : celui d’une architecte remportant par hasard le concours de la Ville de Paris pour rénover le parvis de la célèbre cathédrale.


// La critique

Il faut bien plus qu’un ventre rond pour empêcher Adèle de rêver à tire-d’aile. Le premier court-métrage de Valérie Donzelli resplendit de cette liberté pétillante incarnée par son héroïne et se propageant autour d’elle comme une nuée bousculant joyeusement codes et attentes.

Liberté de ton, de genre, d’esthétique, de structure : le film semble en effet ne reconnaître aucun cadre susceptible de contenir sa course. Ici, le prosaïsme du quotidien d’Adèle, occupé par les repas qu’elle partage avec son jeune fils, la sieste et les tâches ménagères, côtoie ouvertement le lyrisme d’une correspondance gentiment galante portée par les sonorités désuètes d’un clavecin. Là, alors que le montage bée, les ellipses qu’il accueille accélèrent en réalité son cours et si l’image Super 8 a des nostalgies d’archives familiales, elle ne manque pourtant pas de rappeler de son éclat et de son grain si pictural la douce sensualité de quelques toiles de maîtres.

Fantasque, décalé, le solaire et tendre humour dont rayonne le film ne naît ainsi ni d’une quelconque tension, ni d’un contraste, mais bien de l’élan innocent que l’héroïne impulse à son environnement, réunissant de manière singulière et inattendue ces éléments a priori disparates et colorés qui composent sa vie – d’un même geste : le ventre rond, la candeur, la séduction. Classique et pop, intime et universelle, la forme est sans doute alors ce qui retient surtout l’attention lorsque, à la faveur d’un tournant surprenant au premier tiers du film, Valérie Donzelli y intègre sans plus de réserve la douce folie de son personnage.

Elle ne recourt dès lors plus au très académique montage en contrepoint par lequel elle ouvre son film, ni n’appuie outre mesure le second degré qui, tout autour, papillonne, léger, volatile ; elle épouse plutôt la cadence de son pas alors qu’elle descend la rue. Un pas assuré, conquérant, comme l’occasion d’une impulsion neuve à cette tendre fantaisie. Ce renoncement à un point de vue distancié nimbe alors d’une grâce et d’une fraîcheur peu communes ce badinage estival aux accents par ailleurs très Nouvelle Vague, puisque c’est le désir, d’abord, qui trouve ainsi voix avant le récit, tenu par ses causes et ses conséquences, apparaissant bien vite accessoires dans cette structure atypique.

L’attraction, vive, sensible, s’impose donc à la suite de ce renversement : qu’elle prenne corps dans un vertigineux panoramique circulaire rendant la tension entre les regards hagards de ces aspirants amants presque palpable, ou dans leur soudaine proximité physique provoquée par une prosaïque et néanmoins providentielle déjection de pigeon, sa manifestation formelle prend alors sans conteste le pas sur les rebondissements et les révélations qui sont ordinairement au centre de l’attention. L’inattendu ventre rond de la jeune femme comme l’incongru pull en cachemire dont s’est vêtu l’homme, quoique potentiellement foisonnants d’histoires et de trajectoires, sont alors comme désamorcés par l’intensité primitive offerte par la forme même.

La vibrante vitalité des corps plutôt que la fermeté des réactions causales : c’est l’aveu final, les lèvres tendues vers l’autre, bien au-delà des mots.

Claire Hamon

Réalisation et scénario : Valérie Donzelli. Image : Céline Bozon. Montage : Pauline Gaillard.
Son : Yolande Decarsin, Xavier Pirouelle, Antoine Goubin, Sébastien Savine et Laurent Gabiot.
Interprétation : Serge Bozon, Alice Gastaut et Valérie Donzelli. Production : Les Productions Balthazar.