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Como todo el mundo J-42

Franco Lolli

  • 2007 , 26 minutes
  • Fiction
  • Production : La Fémis
  • Interprétation :
    • Marcela Valencia
    • Santiago Porras
  • Courts d'aujourd'hui
  • Teen Spirit
  • Autour des sorties
  • Nouvelles générations

// Synopsis

Pablo, seize ans, vit seul avec sa mère, Angela. Depuis quelques années, leur situation financière est difficile. Angela essaye de s’y adapter comme elle peut et son fils essaie de continuer comme avant.

// Biographie

Franco Lolli

Né en 1983 à Bogota en Colombie, Franco Lolli suit des études de cinéma en France, au sein du département réalisation de la Fémis, dont il sort diplômé en 2007. Dans ce cadre, il réalise plusieurs courts métrages de fiction, ainsi que deux documentaires. Son film de fin d’études, Como todo el mundo, est tourné à Bogota et mélange acteurs non professionnels et comédiens reconnus. Il est sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et remporte entre autres le Grand prix au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en 2008 et au Festival Premiers plans d’Angers (dans la catégorie des films d’écoles européens).

En 2012, Rodri est présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Franco Lolli développe dans le même temps un projet de long métrage, Gente de bien, écrit à la Résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes. Le film sera également sélectionné à la Semaine de la critique en 2014. Depuis 2011, il produit au sein d’Evidencia Films, la société qu’il a créée, ses propres films mais aussi ceux d’autres réalisateurs colombiens (Simón Mesa Soto, Laura Huertas Millán, Jacques Toulemonde Vidal…). Une mère incroyable (Litigante en VO), son deuxième long métrage en tant que réalisateur, producteur et scénariste, est distribué au cinéma en France le 19 février 2020.


// La critique

La filiation mène le cinéma de Franco Lolli. (Re)voir son court métrage Como todo el mundo, maintenant qu’il a signé les deux longs Gente de bien et Une mère incroyable, qui sort en salles en cette mi-février, confirme ce terreau fertile. Son héros, Pablo, a seize ans et fait écho aux garçons suivants, quoiqu'ils soient encore enfants ; Éric (Gente de bien) et Antonio (Une mère incroyable). Tous sont saisis, le temps du film, dans leur lien intense à leur père ou à leur mère. Mais toujours selon cette combinaison parent célibataire/enfant. Un duo – ou couple – incontournable et promesse de fiction. Une alliance que le cinéaste a expérimenté dans sa propre vie, étant le fils unique de Leticia Gomez, avec laquelle il entretient toujours un lien fort et qui est devenue son interprète dans le court Rodri et aujourd'hui dans Une mère incroyable, où elle incarne la mère de l’héroïne. Une matière à imaginaire infinie.

En vingt-cinq minutes, le réalisateur installe sa puissance de regard. Alors étudiant à la Fémis à Paris, il tournait, il y a bientôt quinze ans, cette chronique de vie colombienne entre Bogota et Arbeláez. Avec un œil avisé pour saisir le temps de l’adolescence, où l’on traîne à plusieurs, où les non-événements sont essentiels, où la promesse d’une soirée devient le centre névralgique du monde. Finesse d’observation aussi dans l’espace familial et sur le bord de route, où Angela tente d’arrondir sa fin de mois en vendant des fraises à la crème faites maison. L’espace rassurant du foyer est soumis à la menace. Vente de la maison, manque d’argent, la situation financière accule les parents et inquiète les enfants, comme dans Gente de bien. Il y a toujours une pression en jeu, une ombre au tableau, un mécontentement. Une frustration qui fait réagir un personnage contre l’autre. Pablo n’en peut plus de ne pas avoir les moyens de suivre sa bande ; alors, il accuse sa mère de tout.

Le regard de Lolli sur ses créatures se double de celui des personnages entre eux. Quand le film se clôt, le fiston fixe sa mère, qui ressort, après leurs retrouvailles rapides. Il vient de lui demander “pardon”. Interstice bouleversant. Un échange, puis un mot, puis deux regards. Cet attachement indéfectible, pétri d’un amour infini, sauve tout. Le manque, la souffrance, le monde. La croyance est profonde. Celle de l’auteur en l’art de raconter en images et en sons. Celle de graver sur l’écran ce lien ombilical si doux et si dur. De ce contrat tacite de l’invisible au visible naît une épaisseur vivace. Comme chez Pialat, que Lolli vénère et dont l’épouse, Sylvie, est devenue la productrice. Dans Une mère incroyable, la protagoniste s’appelle Silvia, et son fils Antonio. Celui de Maurice et Sylvie se prénomme Antoine… Vous avez dit filiation ?

                                                                                                                           Olivier Pélisson
 

Réalisation : Franco Lolli. Scénario : Franco Lolli, Virginie Legeay et Romain Raynaldy.
Image : Sébastien Hestin. Montage : Nicolas Desmaison. Son : Matthieu Perrot et Nicolas Desmaison.
Interprétation : Santiago Porras et Marcela Valencia.
Production : La Fémis.

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