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Ce n'est pas un film de cow-boys J-77

Benjamin Parent

  • 2012 , 12 minutes
  • Fiction
  • Production : Synecdoche
  • Interprétation :
    • Finnegan Oldfield
    • Garance Marillier
    • Leïla Choukri
    • Malivaï Yakou
  • Courts d'aujourd'hui
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  • Comédies
  • Nouvelles générations

// Synopsis

"Le secret de Brokeback Mountain" est passé hier soir à la télé. Vincent l’a regardé et ça l’a bouleversé. Il profite de la récréation et de l’intimité des toilettes du collège pour raconter de manière touchante et naïve le film à Moussa...

// Biographie

Benjamin Parent

Benjamin Parent est né à Meaux en 1975. Après une licence en cinéma à l’université Sorbonne-nouvelle en 1997, il participe à l’écriture de spectacles vivants, puis il est chroniqueur dans l’émission de radio Les affranchis et le fou du roi, avant de coécrire avec Riad Sattouf une websérie en deux saisons : Mes colocs.

Ce n’est pas un film de cow-boys, présenté en 2012 à la Semaine de la critique, à Cannes, y crée l’événement. Sélectionné dans plusieurs festivals à travers la planète, ce dernier remporte de nombreux prix, notamment le Grand prix du Festival international du film de Melbourne, en Australie, et le Prix des collégiens du Festival Cinessonne, tandis que l’un de ses jeunes acteurs, Finnegan Oldfield, reçoit le Prix Adami du meilleur comédien à Clermont-Ferrand en 2013. Le film fait alors partie des cinq finalistes aux César du meilleur court métrage.

Benjamin Parent travaille de nouveau avec des adolescents sur la question du deuil pour son premier long métrage, Un vrai bonhomme, qui sort au début de janvier 2020 dans les salles hexagonales.


// La critique

Avant de réaliser, en 2012, Ce n’est pas un film de cow-boys, son premier court métrage (du moins en conditions professionnelles), Benjamin Parent n’était pas à proprement parler un grand débutant… Il avait déjà alors un pied dans la publicité, un autre dans le cinéma, et avait notamment travaillé en tant que scénariste sur le court métrage The End de Didier Barcelo (produit par Synecdoche). Dans ce film court au casting haut de gamme, Charlotte Rampling interprète son propre rôle. Un soir, revoyant On ne meurt que deux fois de Jacques Deray, elle s’aperçoit qu’elle a été remplacée par une jeune actrice dans les plans où elle apparaissait jadis. Au-delà de ce pitch (original), cette idée de la présence fantôme du cinéma qui hante le scénario et interagit avec la vraie vie va rebondir d’une très belle manière dans Ce n’est pas un film de cow-boys.

Le film se déroule dans les toilettes d’un collège où, à la pause, côté filles et côté garçons, on discute du film du dimanche soir diffusé à la télévision, à savoir Le secret de Brokeback Mountain. Inutile d’avoir vu préalablement ce faux western et vrai mélodrame gay d’Ang Lee. Les quatre collégiens du film vont passer leur récré à en décrire les tenants et les aboutissants, et, à travers leurs voix et leurs émois, leurs interprétations et leurs descriptions, vont finir par en proposer une herméneutique.
Ne pas croire néanmoins que le réalisateur livre ses acteurs à une explication de film. Non. Le secret de Brokeback Mountain occupe une place non pas centrale, mais chorale au sens où, grâce à cette œuvre, quelque chose va se mettre à chanter : le lyrisme de l’intimité, des sentiments, de l’identité, de la singularité.
Parallèlement, concomitamment, sur un rythme binaire, jouant des effets de miroir et du hors champ sonore la cour du collège) et narratif (le jeune qui se lave les mains), le film va battre – abattre ? – en brèche une belle brochette de stéréotypes.

Côté garçons, Vincent (Finnegan Oldfield) résume le film à Moussa (Malivaï Yakou) avant de livrer ses impressions. Vincent est grand et blanc ; Moussa, petit et noir. Bon élève, Moussa n’a pas le droit de regarder la télé, tandis que Vincent, lui, oui. Ce dernier relève plutôt de la catégorie fort en gueule, dur à cuire, le genre qui ne tient pas les homos dans son cœur. À la fin, Vincent va s’apercevoir qu’il a été touché par une histoire avec des gays. D’une certaine manière, les dialogues autour du film font ici office de thérapie à travers laquelle les personnages vont découvrir leurs sentiments. Côté filles, Jessica (Leïla Choukri) saisit l’opportunité de la diffusion du Secret de Brokeback Mountain pour poser à Nadia (Garance Marillier) une série de questions sur l’homosexualité, puisque le père de Nadia est gay.
Là encore, le réalisateur met en scène une série d’oppositions entre les deux filles, Jessica et Nadia, entre celle qui use tout à la fois de clichés inoffensifs, de dénominations négatives et pose des questions naïves, et celle qui a déjà intégré l’homosexualité à son quotidien, sans toutefois avoir résolu des questions plus profondes, plus intimes (au sujet de sa naissance). Dans l’alcôve, l’intimité indécise des filles et des garçons se dénude.

Avec ses dialogues vivants et ses caractères tranchés, le teen-movie de Benjamin Parent séduit également pour son parti-pris du décor en huis clos. C’est une scène de théâtre unique où la comédie rencontre la tragédie, où le mime (superbe scène avec Finnegan Oldfield) prend le pas sur les dialogues et inversement, et où la sonnerie du collège sonne le début et la fin du spectacle. C’est également un saloon de western dans lequel les portes claquent, et où à chaque pas résonnent les éperons de la tension. Et puis c’est aussi une chambre noire, salutaire et libre ; un lieu propice à l’évocation et au dévoilement du tabou. Dans cette chambre partout l’émotion affleure. Une fois dehors, l’intimité se dissimule ; le silence exigé par le groupe reprend sa place et impose sa loi.

Donald James

Réalisation : Benjamin Parent. Scénario : Benjamin Parent et Joris Morio. Image : Nicolas Loir.
Montage : Béatrice Herminie. Son : Arnaud Julien, Guillaume Dham et Olivier Dô Huu.
Interprétation : Malivaï Yakou, Finnegan Oldfield, Leïla Choukri, Garance Marillier et
Damien Pinto Gomes. Production : Synecdoche.

// Bonus