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Tigres à la queue leu leu J-79

Benoît Chieux

  • 2014 , 8 minutes
  • Animation
  • Production : Les Films de l’Arlequin
  • Animation
  • Musique originale

// Synopsis

Un garçon très paresseux, houspillé par sa mère qui n’en peut plus de le voir dormir et manger à longueur de journée, décide de se mettre au travail et révèle des ressources insoupçonnées d’inventivité...

// Biographie

Benoît Chieux

Né en 1969, Benoît Chieux a étudié le dessin à l’École Émile-Cohl (Lyon), où il est ensuite devenu enseignant.

Il intègre le studio Folimage dans les années 1990, qui, sous l’impulsion de Jacques-Rémy Girerd, sera à l’origine de ses premières productions. Il participe à l’écriture du court métrage de ce dernier : L’enfant au grelot (1998). Il y réalise également son premier film court, Patate et le jardin potager (2000) avec Damien Louche-Pélissier. Il est par la suite directeur artistique sur le long métrage de Girerd Mia et le Migou (2008) tandis qu'il collabore à l’écriture et à la réalisation de Tante Hilda ! en 2014.

Son film Tigres à la queue leu leu (2014) obtient un grand nombre de sélections en festival à travers le monde, notamment à Clermond-Ferrand. Il est également nommé au César 2016, dans la catégorie du Meilleur court métrage d’animation. Le jardin de minuit (2016) obtient une nomination au même titre pour les César 2018.

Cœur fondant, en 2019, remporte à son tour un beau succès, avec des prix à Animatou, à Genève, ainsi qu'à Espinho, au Portugal, et Bucheon, en Corée du Sud. Benoît Chieux développe en parallèle son premier long métrage, produit par Ron Dyens de Sacrebleu Productions : Sirocco et le royaume des courants d'air.


// La critique

À l’origine, il y a un conte traditionnel d’Extrême-Orient, venu plus précisément de Corée. Un album illustré par Kwoon Moon-Hee en a été tiré (paru en 2008 en France, aux éditions Quiquandquoi) et c’est lui qui a inspiré Benoît Chieux, collaborateur régulier de Folimage sur de nombreuses productions, courtes ou longues.

Le réalisateur a repris à son compte un graphisme d’une qualité exceptionnelle, mêlant ligne claire et coloration en aquarelle jouant sur toute une palette d’ocres, de marrons, d’oranges et de jaunes, afin de donner vie à une histoire pleine de saveur(s), tendre et drôle. Son jeune héros, attachant au-delà de sa légère tendance à la paresse, se montre contre toute attente fort ingénieux et l’ironie du ton s’affirme d’emblée, alors que le garçon surprend en prenant l’initiative : une voix off prétendait qu’il ne faisait rien de ses journées ? Il la dément dès qu’on lui confie une houe pour se mettre à la tâche… Sa mère en est la première médusée, elle dont on a pu voir en très gros plan le visage ravagé par la fureur devant ce bon-à-rien de rejeton… Mais ce dernier passe sans difficulté de la position horizontale, synonyme d’une flemme incurable, à une autre, bien verticale, en train de travailler la terre.

Toute la malice de la narration de cet hymne à l’imagination réside dans sa facilité à développer des rebondissements successifs pour en arriver à ce que le titre promet, tandis que le postulat de l’histoire ne voit pas le moindre tigre se pointer à l’horizon… Les séquences s’emboîtent comme des poupées gigognes, le labeur du fainéant repenti générant une production inouïe d’huile de sésame, ce qui, certes, n’a toujours aucun rapport avec quelque fauve que ce soit – c’est même un petit chien amaigri qui fait son apparition !

L’originalité majeure du film, c’est sans doute que chaque trouvaille trouve sa justification après coup, cultivant un certain mystère dans une intention volontairement irrévérencieuse, sinon gentiment mal élevée – avec même une dose de scatophilie, jusqu’à l’ultime plan du film ? L’histoire se déroule ainsi sans aucune baisse de régime, selon un montage des plus dynamiques, auquel se conjugue une partition originale aux résonances orientalisantes signée Christophe Héral, dont le nom est bien connu des amateurs de cinéma d’animation.

Tout cela mérite bien une petite danse, esquissée par notre héros et sa mère en fichu, en un plan les isolant dans le champ, comme suspendus et effectuant côte à côte de joyeux mouvements en “regard caméra”, à la manière de certaines comédies musicales hollywoodiennes, telles Chantons sous la pluie ou Tous en scène. Leur enthousiasme s’explique aisément : ils ont trouvé le moyen de ne plus travailler, nous dit-on, ayant pu sans doute chèrement vendre tous ces tigres capturés et dont la file “à la queue leu leu” couvre plusieurs collines, en une féline Muraille de Chine.

Christophe Chauville

Réalisation et scénario : Benoît Chieux. Animation : Benoît Chieux, Titouan Bordeau et
Rémy Schaepman. Montage : Jean Bouthors. Son : Christophe Héral et Yoann Veyrat.
Musique originale : Christophe Héral. Production : Les Films de l’Arlequin.

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