Revenir aux films

Boris Vian m'a ouvert les yeux et cassé le dos J-144

Michel Gondry

  • 2020 , 8 minutes
  • Animation
  • Production : Raffi Adlan
  • À la une
  • Animation
  • Comédies
  • Curiosités
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

Plusieurs années après avoir adapté “L’écume des jours” au cinéma, Michel Gondry réalise un film court d’animation relatant son expérience avec Boris Vian.

// Biographie

Michel Gondry

Né en 1963 à Versailles, Michel Gondry étudie à l’École Olivier-de-Serres, puis forme le groupe Oui Oui, dont il est le batteur et pour lequel il réalise les clips. En 1991, il signe aussi celui des Voyages immobiles d’Étienne Daho, puis entame une longue collaboration avec Björk, pour qui il réalisera sept clips. Michel Gondry sera ensuite sollicité par de nombreux artistes, tels les Rolling Stones (Like a Rolling Stone), IAM (Je danse le Mia) ou encore Kylie Minogue (Come Into My World).

En 1998, il réalise son premier court métrage, La lettre, avant de passer au long avec Human Nature, s’entourant pour l’occasion du scénariste américain Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich). En 2004, il retrouve ce dernier pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind, une histoire d’amour fantaisiste portée par Jim Carrey et Kate Winslet, qui reçoit l’Oscar du meilleur scénario original en 2005. Le réalisateur signe seul son troisième long métrage, La science des rêves, un film onirique tourné en 2007 à Paris et qui réunit Gael Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg et Emma de Caunes.

Michel Gondry réalise par la suite la comédie “suédée” Soyez sympas, rembobinez (2007) et deux documentaires : L’épine dans le cœur (2009) et Conversation animée avec Noam Chomsky (2013). Ce dernier retranscrit ses entretiens avec le célèbre linguiste et il ecnhaîne avec une production américaine inspirée d’un comics des années 1960, The Green Hornet (2011), suivi d’un drame urbain sur des lycéens du Bronx : The We and the I (2012). 

En 2013, il adapte à l’écran le plus célèbre roman de Boris Vian, L’écume des jours, avec Audrey Tautou et Romain Duris, tournage sur lequel il revient en 2020 dans le court métrage Boris Vian m’a ouvert les yeux et cassé le dos

Son dernier long métrage en date, Microbe et Gasoil, est sorti en 2015, après avoir été sélectionné dans de nombreux festivals, en France comme à l’étranger.

Suite à son expérience avec des comédiens amateurs sur le tournage de Soyez sympas, rembobinez, Michel Gondry imagine un projet à dimension sociale permettant aux amateurs de créer un petit film collectif en trois heures. Nommé “L'Usine de films amateurs”, le dispositif s’est exporté à travers le monde passant par New York, Rio de Janeiro, São Paulo, Paris, Rotterdam, Johannesburg, Moscou, Casablanca, Tokyo et Bruxelles.

Depuis 2018, Michel Gondry a produit et réalisé six épisodes de la série Kidding, diffusée par Canal+, à travers laquelle il retrouva Jim Carrey.


// La critique

Depuis Microbe et Gasoil, son dernier long métrage en date (2015), nous n’avons jamais cessé de prendre des nouvelles de Michel Gondry, artiste chouchou de ces pages s’il en est. S’il sembla se faire plus discret ces dernières années, sa petite fabrique poursuivit son cours, entre clips, commandes diverses, expérimentations collectives et, surtout, série télé (Kidding, avec Jim Carrey, depuis 2018) : projets disparates qui ne nous convainquirent pas toujours, nous irritèrent parfois (oui, Détour, son “film” réalisé avec un Iphone 7...), mais qui confirmaient régulièrement à quel point les envies de cinéma de ce passionnant inventeur de formes excédaient les frontières convenues et contenues du long métrage.

Il est à ce titre heureux de voir Gondry revenir au meilleur de sa forme avec un projet hybride – tout à la fois commande et profession de foi – qui en remontre formellement à ses meilleurs clips et qui questionne la marge de manœuvre du cinéaste/artiste face à l’industrie, face à la commande, plus précisément dans le cadre de l’adaptation minée d’un roman-culte.

Le centenaire de la naissance de Boris Vian, célébré tout au long de cette année 2020, permet ainsi à Gondry de clamer à nouveau son amour pour l’œuvre de l’écrivain et de revenir en même temps sur un passage épineux de sa carrière : son adaptation de L’écume des jours, avec Audrey Tautou et Romain Duris, dont l’accueil en 2013 fut pour le moins contrasté. S’il parla beaucoup de Vian à ce moment-là, le voici pouvant le faire en dehors de toute visée promotionnelle, avec recul, avec pas mal d’ironie aussi (quand il rappelle qu’il peut s’estimer heureux que Boris Vian ne soit pas mort en voyant son adaptation de L’écume des jours, mais face à celle, qu’il désavouait, de J’irai cracher sur vos tombes, par Michel Gast, en 1959...).

Partant de l’adolescent découvrant un roman de Vernon Sullivan grâce à son grand frère, jusqu’au cinéaste influent naviguant entre Paris et Hollywood, Boris Vian m’a ouvert les yeux et cassé le dos, c’est à la fois le portrait du jeune lecteur en artiste, et le portrait de l’artiste en adaptateur.

On ne rappellera pas les points de convergence entre l’œuvre de Vian et celle de Gondry : le goût des machines, leur petit côté ingénieur/artisan, un environnement géographique partagé (un coin du 18e arrondissement de Paris), jusqu’à la part prépondérante de la musique dans leur travail. On s’amusera surtout de relever que l’on attribue à Vian la paternité du terme “tube” (au milieu des années 1950, quand il était directeur artistique chez Philips), tandis que Gondry n’a cessé de frayer avec les plus grandes stars de la pop et du rock pour leur ouvrager de splendides véhicules visuels, des années 1990 jusqu’à aujourd’hui.

Mais si l’on a particulièrement aimé le travail de Gondry dans le clip, c’est parce qu’à chaque projet correspondait toujours une idée visuelle singulière, différente de la précédente et déclinée tout du long d’un morceau. Il en va de même ici, avec l’usage du papier découpé et du collage, mixture formelle mêlant dessins naïfs, typographie et géométrie, qu’il touille avec appétit huit minutes durant. Ici, la liberté que s’octroie Gondry est à l’avenant de l’œuvre qu’il célèbre, à la hauteur de la prise de conscience cinéphilique qu’il évoque, cette épiphanie au sortir de Monty Python : Sacrée Graal, quand il mesura, adolescent encore, l’étendue de tout ce que pouvait être un film, de tout ce qui faisait cinéma, loin des carcans académiques et des manuels de scénario policés.

C’est cette part intime, si personnelle, qui rend ce film-hommage si beau et si émouvant. Car, depuis son documentaire L’épine dans le cœur, en 2010, on n’avait rarement vu Michel Gondry se livrer ainsi.

Stéphane Kahn

Réalisation, scénario et image : Michel Gondry. MontageJake Schwartz et Logan Alexander.
Musique originale : Étienne Charry. Production : Raffi Adlan.

// A voir aussi...