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Le bout de la piste J-48

Sophie Thouvenin

  • 2018 , 19 minutes
  • Fiction
  • Production : Takami Productions
  • Interprétation :
    • Alexandre Carrière
    • Antoine Chappey
    • Gémi Diallo
    • Idrissa Diabaté
    • Oumar Djankado
    • Saabo Balde
  • Courts d'aujourd'hui
  • Musique originale
  • Bref 124
  • Teen Spirit
  • 50/50
  • Dans la revue Bref
  • Nouvelles générations
  • Musique originale

// Synopsis

Lala est la seule fille d’un groupe de quatre jeunes coureurs de demi-fond venus du Mali. Leurs visas arrivent à terme. Menés par Loïc, leur coach, il leur reste une dernière chance pour être remarqués par un sélectionneur et accéder à leur rêve : intégrer un club français.

// Biographie

Sophie Thouvenin

Sophie Thouvenin, née en 1971, a suivi des études de cinéma à l'université Paris 1. Elle a d’abord été assistante à la réalisation, avant de concevoir ses propres documentaires : Nouvelles de l'étranger en 2009 et On (y) travaille en 2006.

En 2013, elle coréalisait avec Nicolas Leborgne son premier court métrage de fiction, Canada, puis signait en 2018 Le bout de la piste, un film court en prise directe avec l’actualité sur les questions de politiques migratoires et d’égalité des genres.


// La critique

Dans la nuit ponctuée par les phares des poids-lourds, la route défile. Ali, Lala, Oumar et Youssouf sont emmitouflés dans leur sweat-capuche sur la banquette arrière. À l’avant, Loïc, leur coach, conduit en silence. La gravité de l’atmosphère laisse présager que le long trajet n’est pas celui des vacances. Venus de Bamako, ces quatre athlètes à peine majeur(e)s roulent vers une épreuve de sélection lourde de conséquences. Celui ou celle qui saura démontrer son talent à la course intégrera l’équipe de France et obtiendra des papiers français en règle.

À l’instar de Yasmina, premier court métrage de Claire Cahen et Ali Esmili, en ligne depuis peu sur notre site, Sophie Thouvenin aborde la question de l’immigration à travers la thématique du sport, et utilise également dans son scénario l’enjeu d’une sélection cruciale. Au diable les valeurs sportives traditionnelles, ici annulées par la réalité des quotas et l’obscurité du sort réservé à ceux qui n’auront pas su briller. L’important n’est pas de participer ; il est vital de gagner. Célébrer en commun la victoire du vainqueur ne peut avoir de sens. Et les perdants retourneront à leur nuit, c’est-à-dire à leur pays d’origine, ou à leur errance clandestine.

La mise en scène de Sophie Thouvenin s’attache à montrer le tragique de cette situation avec un calme sobre et brut. Son écriture présente méthodiquement chacune des étapes de l’intrigue. Sa caméra est souvent fixe, à l’image du plan-séquence de la séance d’entraînement. Elle se met en mouvement pour suivre au plus près la course décisive, qui se tient à la nuit tombée, telle une activité illicite. Le travail du son met ici en exergue le souffle des coureurs. Il traduit l’effort, la douleur et l’espoir qui investissent des corps tendus vers la “chance de leur vie”. L’attente des délibérations se fait dans un couloir froid, nimbé de la lumière glacée d’un néon. Enfin, la séparation a lieu entre gagnant et perdants. Chaque séquence est empreinte d’une conscience très nette de l’injustice ici à l’œuvre. Dans de rares dialogues s’exprime la solidarité qui règne malgré tout en filigrane dans “l’équipe”. Empêchée par la loi du chacun pour soi, elle ne peut se déployer, et meurt.

Pour convaincre le sélectionneur de son potentiel, Lala compare son corps à une Ferrari. On pense à Mamoudou Gassama, jeune homme malien sans papiers qui, en 2017, escalada un immeuble parisien pour sauver la vie d’un enfant sur le point de chuter d’un balcon. Dans la foulée, il obtenait la nationalité française et intégrait la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Le récit du Bout de la piste reflète les pratiques d’une société de l’exception, qui rejette le commun et n’accueille dignement que celles ou ceux qui auront su se faire sacrer héros, qui ne propose qu’une minuscule et illusoire lueur d’espoir, telle celle d’un réverbère sur l’autoroute.

Cloé Tralci

Réalisation : Sophie Thouvenin. Scénario : Sophie Thouvenin et Patricia Mortagne. Image : Noé Bach.
Montage : Vincent Tricon. Son : Ludivine Pelé, Yannick Delmaire et Xavier Thibault. Musique originale : Wissam Hojeij. 
Interprétation : Gémi Diallo, Antoine Chappey, Saabo Balde, Idrissa Diabaté, Alexandre Carrière, Oumar Djankado.
Production : Takami Productions.